Niger : derrière le tumulte de Niamey, la bataille pour la souveraineté africaine

Le président du Niger Abdourahamane Tiani. © Présidence du Niger

Le calme est revenu à Niamey après la mutinerie qui a secoué la capitale nigérienne, samedi 29 août. Des militaires rebelles auraient tenté de prendre le contrôle du palais présidentiel et de la télévision nationale avant de se retrancher dans une base militaire de l’aéroport. Les autorités ont finalement repris la situation en main et procédé à plusieurs dizaines d’interpellations. Aucun bilan officiel n’a, à ce stade, été communiqué.

Au lendemain de ces événements, certaines interrogations ont été soulevées, notamment par Serge Daniel, correspondant au Sahel d’après RFI. Pourquoi les autres États de l’Alliance des États du Sahel (AES), ne sont-ils pas intervenus publiquement ? Quel rôle Africa Corps a-t-il joué dans le rétablissement de l’ordre ?

Ces questions servent avant tout à alimenter un récit qui présente systématiquement les États de l’AES comme fragiles, isolés ou incapables de gérer leurs propres crises.

L’Afrique doit surtout comprendre une chose. La souveraineté dérange.

Depuis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont choisi de redéfinir leurs alliances et de revendiquer une plus grande autonomie dans leurs choix politiques, diplomatiques et sécuritaires, chaque difficulté est scrutée, commentée et parfois amplifiée comme si l’échec de cette expérience était devenu un objectif en soi.

Critiquer les gouvernements africains est un droit. Questionner leurs décisions est nécessaire. Mais se réjouir de leurs revers ou espérer leur déstabilisation relève d’une tout autre logique.

L’AES dispose, rappelons-le, de mécanismes de coopération et de coordination militaires entre ses membres. La solidarité entre États ne se mesure pas nécessairement au nombre de soldats déployés sous les caméras ni au volume des déclarations publiques. Elle peut être discrète, stratégique et parfaitement coordonnée.

Ceux qui attendent de l’AES des démonstrations spectaculaires à chaque crise passent peut-être à côté de l’essentiel. La coopération militaire et politique n’a pas vocation à devenir un spectacle médiatique.

Au-delà de la situation à Niamey, c’est une bataille plus profonde qui se joue. Celle du droit des Africains à déterminer eux-mêmes leurs alliances, leurs priorités et leur avenir.

La marche vers une véritable souveraineté ne sera ni linéaire ni sans épreuves. Elle connaîtra des crises, des résistances et des tentatives de remise en cause. Mais l’Afrique n’est plus disposée à accepter indéfiniment que son destin soit défini ailleurs.

L’AES a ouvert une brèche

Il faudra du temps pour mesurer jusqu’où cette dynamique ira. Mais une chose est désormais certaine. L’époque où l’on pouvait décider durablement à la place des peuples africains appartient au passé.

La bataille ne se gagnera ni par les slogans ni par les polémiques médiatiques, mais par la capacité des États africains à consolider leurs institutions, à renforcer leur coopération et à défendre leurs intérêts.

Ceux qui espèrent l’échec de cette dynamique devront désormais composer avec une réalité nouvelle. L’Afrique veut reprendre la main sur son propre récit.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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