La CPI, cette coquille vide

Le siège de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, aux Pays-Bas. © CPI

La CPI, cette coquille vide. Mise en place pour juger et condamner les dirigeants et responsables du Sud global sans jamais demander de comptes aux puissances occidentales. Elle devait incarner l’universalité de la justice. Plus de vingt ans après son entrée en fonction, cette promesse est, pour une grande partie du monde, restée lettre morte. La grande question est de savoir comment cette institution, injuste, inégalitaire et profondément marquée par un traitement différencié des États, a pu survivre aussi longtemps sans voir sa légitimité sérieusement remise en cause.

Depuis sa création, aucun dirigeant occidental n’a comparu devant les juges de La Haye. Ce constat alimente une critique récurrente, celle d’une justice internationale qui ne serait universelle que dans ses discours, mais sélective dans son application. Pour beaucoup, les grandes puissances semblent bénéficier d’une protection politique dont d’autres États sont privés.

Une justice universelle… mais à géométrie variable

Lorsque les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) dénoncent ce qu’ils considèrent comme le « deux poids, deux mesures » de la CPI, une partie des médias balaie leurs critiques d’un revers de main. Lorsque Caracas estime que la Cour ne défendra pas davantage les intérêts du peuple vénézuélien, la confiance s’effondre et la même interrogation revient inlassablement : pourquoi croire encore en une institution qui, selon ses critiques, n’applique pas les mêmes exigences à tous les États ? »

La crédibilité d’une juridiction internationale repose sur un principe simple : l’égalité devant la justice. Dès lors que ce principe est perçu comme fragilisé, c’est toute l’architecture du droit international qui vacille.

L’affaire impliquant l’ancien procureur Karim Khan n’a fait qu’alimenter davantage les interrogations. Pour certains observateurs, les événements qui ont conduit à sa mise à l’écart illustrent les fortes pressions politiques qui peuvent entourer l’institution. Que cette lecture soit partagée ou non, elle contribue à renforcer une défiance déjà profonde.

La Cour pénale internationale fut créée avec une ambition immense. Celle de mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes les plus graves. En 2026, nombreux sont ceux qui estiment que cette promesse n’a pas été tenue. Une justice qui ne convainc plus de son impartialité cesse progressivement d’être une référence ; elle devient un sujet permanent de contestation.

Si la CPI veut retrouver une quelconque crédibilité, elle devra démontrer que personne, absolument personne, n’est au-dessus du droit international. Tant que certains États donneront l’impression d’échapper à toute poursuite tandis que d’autres concentrent l’essentiel des procédures, le soupçon d’une justice à deux vitesses continuera de prospérer.

Pour les critiques les plus sévères de l’institution, le temps des réformes est dépassé. Ils appellent les États situés hors du bloc occidental à quitter une Cour qu’ils jugent incapable de garantir une justice réellement universelle. À leurs yeux, la CPI n’est plus qu’un symbole vidé de sa substance. Beaucoup de promesses, beaucoup de discours, mais une confiance qui s’effrite chaque année davantage.

Car une justice qui ne semble s’appliquer qu’aux plus faibles n’est plus perçue comme la justice. Elle devient un instrument des rapports de force internationaux. Et lorsqu’une institution perd la confiance de ceux qu’elle prétend protéger, ce n’est pas seulement son autorité qui s’effondre, mais aussi sa raison d’être.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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