L’ancien président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, avait annoncé son retour imminent au pays et fait savoir qu’il entendait se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Mais son retour devra attendre. Les autorités actuellement au pouvoir à Bissau viennent de lui signifier que les conditions de sécurité ne permettent pas, à ce stade, son retour sur le territoire national.
Élu président de la République le 27 février 2020, Umaro Sissoco Embaló aurait été évincé du pouvoir le 26 novembre 2025, à la faveur d’un coup d’État intervenu dans un contexte électoral particulièrement tendu.
Un retour au pays qui tourne court
Retour sur cette journée du 26 novembre. La Guinée-Bissau a alors été plongée dans une nouvelle crise politique et institutionnelle, avec une prise de pouvoir par les militaires dont les circonstances et le déroulement ont suscité de nombreuses interrogations. Le processus électoral en cours avait été interrompu, alors même que le pays se trouvait à un moment particulièrement sensible de son histoire politique.
Certains observateurs ont avancé l’hypothèse selon laquelle cette crise aurait pu servir les intérêts du président sortant, notamment en interrompant un processus électoral dont l’issue demeurait incertaine.
Une chose, en revanche, est désormais incontestable : celui qui occupait le sommet de l’État se retrouve aujourd’hui empêché de rentrer dans son propre pays.
Le pouvoir militaire en place a annoncé que le retour d’Umaro Sissoco Embaló n’était pas autorisé, invoquant exclusivement des considérations liées à la sécurité nationale, au maintien de l’ordre public et à la stabilité du pays.
La décision a été prise à l’issue d’une réunion du « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », l’organe militaire qui exerce actuellement le pouvoir en Guinée-Bissau.
Dans un communiqué, les autorités ont estimé qu’au regard de « la conjoncture nationale et du contexte sécuritaire actuel », les conditions nécessaires pour garantir le retour de l’ancien président n’étaient pas réunies.
Elles ont également rappelé que les mesures de sécurité adoptées dans le cadre de la transition politique demeurent en vigueur, notamment les restrictions concernant les rassemblements et activités à caractère politique.
Quand la politique devient une mécanique absurde
Ainsi va la politique en Guinée-Bissau : un président renversé, un pouvoir militaire installé, un ancien chef de l’État qui souhaite revenir pour briguer à nouveau la magistrature suprême, et des autorités qui lui ferment aujourd’hui la porte au nom de la sécurité nationale.
Au-delà du cas d’Umaro Sissoco Embaló, cette séquence pose une question plus profonde sur la pratique du pouvoir politique en Afrique.
Lorsque les institutions restent fragiles, lorsque les alternances sont contestées et lorsque le pouvoir est perçu comme une propriété personnelle plutôt que comme une responsabilité confiée temporairement par les citoyens, la politique finit par produire des situations qui défient toute logique institutionnelle.
La Guinée-Bissau n’est malheureusement pas une exception. Tant que la démocratie ne sera pas suffisamment consolidée pour que la conquête, l’exercice et la transmission du pouvoir obéissent à des règles claires, acceptées et respectées par tous, le continent continuera de voir se succéder des crises politiques où les mêmes acteurs peuvent, tour à tour, se retrouver au sommet de l’État ou dans l’opposition.
La leçon de cette nouvelle crise est peut-être là : en politique, lorsque les institutions sont faibles, personne ne contrôle vraiment la mécanique qu’il contribue à mettre en mouvement.
Et parfois, l’arroseur finit par être arrosé.
Manda CISSE



