Mali : quand la solidarité devient une obligation

Symbole de la solidarité africaine. © DR

Au Mali, l’honneur, la dignité et la solidarité occupent une place centrale. Mais lorsque l’entraide devient une obligation et que l’émotion se transforme en culpabilisation, il est temps de réapprendre à distinguer générosité et responsabilité.

Le Mali est une société où l’on revendique volontiers l’honneur et la dignité. Pour beaucoup, mieux vaut mourir que vivre dans le déshonneur. Cette exigence de dignité fait partie de notre identité.

Pourtant, certains semblent avoir oublié que la dignité passe aussi par la responsabilité individuelle.

Je n’ai donc pu qu’être interpellée par certains débats consacrés aux artistes maliens confrontés à la maladie ou aux difficultés de la vie.

Le sujet est légitime : que devient un artiste lorsque la maladie frappe, lorsque les revenus disparaissent, lorsque la carrière s’interrompt ? Quelle protection notre société lui offre-t-elle ?

Mais lorsqu’un appel à la solidarité se transforme en reproche collectif, le débat change de nature.

La solidarité n’est pas une dette

« Tous ceux qui ne me viennent pas en aide de mon vivant, je ne veux pas les voir à mes funérailles. »

Ou encore : « Dans ce pays, on aime les gens seulement quand ils sont morts. »

Ces phrases expriment une frustration. Elles peuvent aussi traduire une véritable souffrance. Mais elles posent une question : à quel moment la solidarité devient-elle une obligation ?

Il faut oser le dire, un artiste n’est pas un mendiant, et un citoyen n’est pas un débiteur.

Lorsqu’un Malien aide son prochain, il le fait par générosité, par affection ou par solidarité. Il ne devrait pas être culpabilisé parce qu’il n’a pas donné.

Notre culture du pot commun est une richesse lorsqu’elle permet de se soutenir dans l’épreuve. Elle devient problématique lorsque chacun considère que les ressources de son voisin lui reviennent de droit.

La réussite de l’un n’est pas une dette envers les autres. Les difficultés de l’un ne peuvent pas non plus devenir automatiquement la responsabilité financière de toute la société.

Il faut construire, pas culpabiliser

Si nous voulons mieux protéger nos artistes, réclamons des solutions durables. Une meilleure couverture sanitaire, des mécanismes de solidarité structurés, une véritable protection sociale et un accompagnement professionnel.

Si notre système de santé doit progresser, mobilisons-nous. Si nos infrastructures doivent être renforcées, travaillons à les renforcer. La société ne peut pas tout attendre des autres ; elle doit aussi participer à sa propre transformation.

Les autorités ne peuvent pas tout régler en un instant. Les citoyens, eux aussi, ont un rôle à jouer. Ils doivent contribuer, s’engager, proposer et construire.

Nous devons surtout sortir de cette culture de l’émotion permanente où chaque difficulté devient un procès et chaque absence de don, une faute morale.

Aider doit rester un choix. Donner doit rester un geste libre.

Le Mali a besoin de solidarité, mais aussi de responsabilité et de mesure.

Car lorsque la générosité devient une obligation, elle cesse peu à peu d’être de la solidarité.

Elle devient une pression. Et il est temps que cela cesse.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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