Malgré leur statut de première puissance mondiale et de démocratie développée selon certains, les États-Unis autorisent le mariage des mineurs dans une grande partie de leur territoire. Une réalité que l’on associe volontiers à d’autres régions du monde, mais qui existe bel et bien au cœur de la société américaine.
Selon la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, est considéré comme un enfant tout être humain âgé de moins de 18 ans. Aux États-Unis, 96 % des mineurs mariés ont 16 ou 17 ans, mais certains sont beaucoup plus jeunes. 86 % des mineurs mariés sont des filles, généralement unies à des hommes adultes.
Le phénomène a fortement reculé depuis 2004, passant, selon les chiffres du gouvernement américain, de 24 791 enfants mariés à 1 717 en 2021. Une baisse largement portée par la mobilisation des associations, des survivantes et des citoyens. Mais derrière ces chiffres, des milliers d’enfants ont encore été concernés par une institution qui peut bouleverser leur scolarité, leur autonomie et leur avenir.
Une pratique encore légale dans une partie des États-Unis
La situation est d’autant plus surprenante que le mariage relève principalement de la compétence des États fédérés. Avant la nouvelle loi californienne, seuls 17 États sur 50, ainsi que Washington D.C., interdisaient totalement le mariage avant 18 ans, sans aucune exception.
La Californie vient toutefois de franchir une étape majeure ce 30 septembre 2026, elle a adopté une loi fixant à 18 ans l’âge minimum du mariage, sans exception, à compter du 1er janvier 2027.
Les survivantes de mariages d’enfants saluent cette avancée. Car derrière les arguments invoquant la liberté de se marier, la liberté religieuse ou les droits parentaux demeure une question essentielle : peut-on réellement parler de consentement libre lorsqu’il s’agit d’un enfant qui ne possède pas encore les mêmes droits juridiques qu’un adulte ?
Les témoignages de survivantes font état de violences, de dépendance économique, d’abandon de la scolarité et de grossesses précoces. Le phénomène traverse les milieux sociaux, les origines et les communautés. Il constitue aussi, selon ses détracteurs, une manifestation des inégalités entre les sexes et peut, dans certains États, interagir avec les règles relatives aux infractions sexuelles commises sur des mineurs.
L’Occident doit aussi regarder ses propres contradictions
Le paradoxe est saisissant. Les États-Unis dénoncent régulièrement certaines pratiques à l’étranger au nom des droits humains, alors que leur propre système juridique permet depuis des décennies le mariage d’enfants.
Il ne s’agit évidemment pas de défendre le mariage des mineurs ailleurs parce qu’il existe aux États-Unis. Il s’agit de rappeler qu’une pratique ne devient pas acceptable parce qu’elle se déroule dans une démocratie occidentale.
L’Occident ne peut prétendre donner des leçons au reste du monde tout en fermant les yeux sur ses propres contradictions. La protection des enfants ne devrait être ni une question de culture, ni de religion, ni de géographie.
Un enfant reste un enfant, quel que soit le pays dans lequel il est né.
Manda CISSE


