Le Mali pleure encore. Et, une fois de plus, c’est une femme qui vient de tomber sous les coups de celui qui aurait dû être son protecteur.
Le nom de Racky Diaby résonne désormais comme celui d’une victime de trop. À peine deux semaines après son mariage, elle a perdu la vie dans des circonstances tragiques, faisant ressurgir une question que notre société ne peut plus éluder : combien de femmes faudra-t-il encore perdre avant de décider que cela suffit ?
Hier, d’autres épouses. Demain, peut-être d’autres noms. Des femmes tuées à l’arme blanche, par arme à feu ou dans des circonstances d’une violence insoutenable. Derrière chaque drame, une famille brisée, des enfants traumatisés et une question sans réponse : aurait-on pu sauver cette femme ?
Le Mali est un pays de diversité, de valeurs familiales et de traditions profondément enracinées. Mais aucune tradition ne saurait justifier qu’une femme vive dans la peur de celui avec lequel elle a choisi de partager sa vie.
Alors que notre pays se mobilise pour sa sécurité et sa souveraineté, une autre bataille, tout aussi essentielle, doit être menée, celle de la protection des femmes contre les violences au sein même du foyer.
Quand le foyer devient un lieu de danger
Le féminicide n’est pas un simple fait divers. Lorsqu’une femme est tuée dans le contexte de violences conjugales, c’est toute la société qui doit s’interroger.
Les données disponibles restent insuffisantes pour mesurer précisément l’ampleur du phénomène au Mali. Tabous, peur de parler et violences passées sous silence rendent difficile l’établissement d’un tableau complet. Mais les témoignages des associations de défense des droits des femmes, telles que l’Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes Maliennes (APDF), ainsi que les récits qui émergent régulièrement témoignent d’une réalité préoccupante.
Avec la tragédie qui a touché Racky Diaby, les témoignages affluent. Des femmes racontent leur peur, des familles évoquent des violences qu’elles n’ont parfois jamais osé dénoncer.
Le silence ne protège pas les victimes. Il protège parfois ceux qui les maltraitent.
Le mariage ne doit jamais être une condamnation
Il faut aussi avoir le courage de regarder nos pratiques sociales.
Autrefois, le mariage était largement perçu comme l’union de deux familles. Aujourd’hui, il repose davantage sur le choix de deux individus. Cette évolution impose une responsabilité nouvelle, mieux connaître la personne avec laquelle on s’engage.
Trop souvent, la question est : « Que fait-il dans la vie ? » plutôt que : « Quelles sont ses valeurs ? Comment traite-t-il les autres ? Comment réagit-il face à la colère ou au désaccord ? »
Un mariage ne se construit pas seulement sur une situation professionnelle ou une promesse d’amour. Il se construit aussi sur le respect, la responsabilité, la maîtrise de soi et la capacité à reconnaître l’autre comme son égal.
Aucune femme ne devrait découvrir après son mariage qu’elle a épousé un homme capable de devenir son bourreau.
Briser les mécanismes de domination
Les structures patriarcales peuvent contribuer à banaliser les rapports de domination. Lorsqu’une femme est considérée comme une propriété, qu’on lui demande de supporter en silence ou de préserver son mariage à n’importe quel prix, la violence est trop souvent normalisée.
La dépendance économique enfermer également les femmes dans des relations dangereuses, sans possibilité réelle de partir.
C’est pourquoi combattre les féminicides ne signifie pas seulement punir après le drame.
Il faut prévenir avant le drame.
Écouter les femmes qui alertent. Prendre les menaces au sérieux. Protéger celles qui fuient un conjoint violent. Renforcer les mécanismes de signalement et la réponse judiciaire. Et faire comprendre aux jeunes générations que l’amour n’est jamais une autorisation de posséder, contrôler ou détruire l’autre.
Justice pour Racky. Protection pour les autres.
Aujourd’hui, de nombreuses voix demandent que toute la lumière soit faite sur la mort de Racky Diaby et que, si les faits sont établis, leur auteur réponde de ses actes devant la justice.
Cette exigence n’est pas un appel à la vengeance.
C’est un appel à la justice.
Mais rendre justice à Racky ne suffira pas si, demain, une autre femme tombe.
La véritable victoire sera le jour où une femme menacée saura vers qui se tourner. Le jour où une plainte sera prise au sérieux avant qu’un drame ne survienne. Le jour où une famille dira : « Nous devons protéger cette femme », plutôt que : « Il faut sauver son mariage… il faut sauver l’honneur de la famille. »
Le Mali doit désormais engager cette bataille avec détermination : éduquer, prévenir, protéger et sanctionner.
Parce qu’une femme qui meurt sous les coups de son conjoint n’est pas une affaire privée, c’est une tragédie collective.
Manda CISSE


