RDC / Israël : Tshisekedi à Jérusalem, entre coopération stratégique et interrogations

RDC / Israël : Tshisekedi à Jérusalem, entre coopération stratégique et interrogations. © Présidence de la RDC

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est entretenu avec le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à l’occasion de la visite du chef de l’État congolais en Israël. Les échanges ont notamment porté sur le renforcement des relations économiques et sécuritaires entre les deux pays.

Selon un communiqué du Bureau du Premier ministre israélien, les deux dirigeants seraient convenus d’approfondir leur coopération. Benjamin Netanyahu a souligné la dynamique de rapprochement entre Israël et la RDC, estimant que la visite de Félix Tshisekedi contribuerait à consolider cette relation.

Le président congolais doit également rencontrer le président Isaac Herzog et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Selon la présidence congolaise, les discussions doivent porter sur la sécurité, la défense, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies, autant de secteurs présentés comme stratégiques pour le développement et la souveraineté de la RDC.

Par ailleurs, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a indiqué sur le réseau social X avoir eu un « entretien approfondi » avec son homologue congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner. Les échanges auraient porté sur les relations bilatérales, les enjeux sécuritaires d’Israël, la mise en œuvre de l’accord entre la RDC et le Rwanda, ainsi que sur plusieurs questions régionales et internationales.

Une coopération, mais pour quels intérêts congolais ?

Au-delà des annonces diplomatiques, cette visite soulève une question essentielle : quelle vision la RDC défend-elle de ses intérêts nationaux et de sa souveraineté dans ses relations avec les puissances étrangères ?

L’Afrique reste marquée par une longue histoire de dirigeants qui ont trop souvent confondu l’intérêt général avec les intérêts politiques ou personnels. La RDC, malgré l’immensité de ses ressources et de son potentiel, n’échappe pas à cette réalité, bien au contraire.

Le problème congolais n’est pas son peuple. Il réside d’abord dans l’incapacité répétée de ses dirigeants à transformer les richesses du pays en progrès concret pour sa population. Depuis des décennies, la RDC apparaît comme un État immensément riche en ressources, mais pauvre en résultats, courtisé pour son sous-sol et son potentiel stratégique tandis qu’une grande partie de sa population demeure confrontée à l’insécurité, à la pauvreté et au manque de perspectives.

La question n’est donc pas de savoir avec qui Kinshasa choisit de coopérer, mais ce que ces partenariats rapportent réellement au peuple congolais.

Une coopération économique, militaire ou technologique n’a de véritable valeur que si elle renforce durablement l’État, protège la population, développe les infrastructures, crée des emplois et permet au pays de maîtriser davantage son propre destin.

Les puissances étrangères défendent leurs intérêts. C’est une réalité des relations internationales. À la RDC de défendre les siens avec la même détermination, mais surtout avec une véritable vision stratégique.

Le Congo ne manque ni de ressources, ni de talents, ni de potentiel. Ce qui lui fait défaut, c’est une classe dirigeante capable de placer durablement l’intérêt national au-dessus des calculs de circonstance.

Le peuple congolais ne doit pas être rendu responsable des choix de ses dirigeants. Mais il ne peut pas non plus rester éternellement spectateur de son propre destin. Une démocratie ne se résume pas à des institutions ou à des élections : elle suppose une citoyenneté vigilante et la capacité de demander des comptes à ceux qui exercent le pouvoir.

L’histoire finit toujours par demander des comptes.

La véritable question est donc de savoir si les partenariats noués aujourd’hui rendront la RDC plus forte, plus souveraine et plus prospère, ou s’ils contribueront à maintenir un système dans lequel le Congo demeure davantage un enjeu pour les autres qu’un véritable projet pour son propre peuple.

C’est à cette question que les dirigeants congolais devront, tôt ou tard, répondre devant l’histoire.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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