La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte le 8 septembre sous le thème : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous. »
Sur le papier, l’ambition est noble. La session réunit les dirigeants du monde entier pour promouvoir l’action collective, la paix et l’égalité, notamment durant la Semaine de haut niveau, du 22 au 29 septembre.
Mais il faut bien le dire, le thème de cette 81ᵉ session ressemble, à lui seul, à une immense plaisanterie.
« Restaurer la confiance » ? Encore faudrait-il que cette confiance ait véritablement existé.
Depuis sa création, l’ONU porte une contradiction fondamentale : elle prétend incarner l’universalité tout en étant profondément marquée par les rapports de force entre États. Les 193 membres disposent chacun d’une voix à l’Assemblée générale. En théorie, chacun compte. En pratique, chacun sait que les intérêts géopolitiques et le pouvoir de quelques-uns pèsent lourdement sur le cours des choses.
Cette session n’échappe pas à cette réalité.
À quelques exceptions près, certaines interventions auront surtout donné le sentiment d’une institution éloignée de sa propre vocation. Beaucoup de postures, de déclarations et de communication, mais trop peu de réponses à la hauteur des tragédies qui déchirent le monde.
Et pourtant, au milieu de cette cacophonie diplomatique, quelques voix ont émergé.
Les paradoxes d’un théâtre diplomatique
Commençons par les « pépites » de cette session.
Certains dirigeants, fidèles à eux-mêmes, ont livré ce que l’on pouvait attendre : arrogance, formules creuses, invectives et démonstrations de force. Beaucoup de bruit, peu de substance. Une capacité remarquable à monopoliser la parole sans véritablement enrichir le débat.
Puis vient le cas de Mamadi Doumbouya.
Lors de son discours à l’ONU en septembre 2023, le président guinéen livrait sa propre définition du putschiste : « Le putschiste n’est pas seulement celui qui prend les armes pour renverser un régime. […] Les vrais putschistes, les plus nombreux, qui ne font l’objet d’aucune condamnation, c’est aussi ceux qui manigancent, qui utilisent la fourberie, qui trichent pour manipuler les textes de la Constitution afin de se maintenir éternellement au pouvoir. »
La formule est pour le moins paradoxale.
L’idée de « putsch constitutionnel » peut nourrir un débat légitime sur les manipulations des règles démocratiques. Mais elle ne saurait, à elle seule, effacer la question de la légitimité d’une prise de pouvoir militaire ou non militaire.
La question du qualificatif « putschiste » demeure d’ailleurs particulièrement sensible en Guinée, comme l’a récemment illustré la controverse autour de France 24 et des autorités guinéennes.
Et puis, au milieu de ce théâtre diplomatique, une intervention est venue, à mes yeux, rompre avec la mécanique habituelle : celle du président iranien.
Son discours a apporté quelque chose que l’on entend trop rarement dans ces enceintes. Une parole assumée, articulée autour de la dignité, de la souveraineté et de la souffrance d’un peuple.
On peut naturellement contester certaines positions du gouvernement iranien. Mais cela n’empêche pas de reconnaître qu’une parole politique peut être portée avec conviction, cohérence et force.
C’est peut-être cela qui manque le plus à cette ONU : des dirigeants capables de parler au-delà de la posture, de défendre leur peuple sans transformer systématiquement la tribune internationale en scène de communication.
Car une nation n’a pas seulement besoin de représentants qui parlent. Elle a besoin de dirigeants qui portent une vision, une histoire, une mémoire et une responsabilité.
L’ONU, miroir de notre impuissance
L’ONU n’a jamais bénéficié, à mes yeux, d’une légitimité incontestable.
Depuis des décennies, le sentiment du « deux poids, deux mesures » nourrit la défiance à l’égard de l’institution. Les principes proclamés ne semblent pas s’appliquer avec la même rigueur à tous. Les condamnations varient selon les alliances, et les indignations changent de volume selon l’identité de celui qui est mis en cause.
C’est peut-être là le véritable drame.
L’ONU devait être le lieu où les nations se rencontrent pour empêcher la loi du plus fort.
Elle est devenue, le théâtre où les rapports de force se donnent en spectacle.
Un théâtre où chacun défend ses intérêts, où les grands donnent des leçons aux petits, où les petits dénoncent l’hypocrisie des grands, et où les peuples attendent toujours que les mots se transforment enfin en actes.
Alors oui, quand on vous dit que le monde est devenu fou, n’en doutez plus.
Mais peut-être que le monde n’est pas devenu fou.
Peut-être avons-nous simplement fini par considérer comme normal ce qui ne devrait jamais l’être.
Et lorsque la normalité devient le renoncement, la vérité devient une provocation.
L’ONU devait être le symbole de notre capacité collective à dépasser la loi du plus fort.
Elle est aujourd’hui, malheureusement, le miroir de notre incapacité à le faire.
Manda CISSE



