Quand on pense que TV5MONDE a atteint le fond, la chaîne semble trouver le moyen de nous surprendre encore. Au-delà de l’indignation, une question mérite notre attention : jusqu’où peut-on aller dans la banalisation de ceux qui combattent l’État malien et mettent en danger la vie de ses populations ?
Rappelons d’abord que TV5MONDE n’est pas simplement une chaîne française. C’est un média francophone multilatéral auquel participent notamment la France, le Canada, la Suisse, la Belgique et Monaco. Cette réalité rend d’autant plus légitime le débat sur les choix éditoriaux de la chaîne et sur la manière dont certaines réalités africaines, notamment maliennes, sont présentées.
Le 15 août 2026, TV5MONDE recevait sur son plateau Attaye Ag Mohamed, présenté comme vice-chargé des relations extérieures du Front de libération de l’Azawad (FLA), au lendemain de la libération de 82 militaires maliens détenus par le FLA et le JNIM.
Le journalisme doit pouvoir donner la parole aux différents acteurs d’un conflit. Mais donner la parole n’est jamais un acte neutre. Tout dépend du contexte, des questions posées, du contradictoire et de la manière dont cette parole est présentée au public.
C’est précisément là que se trouve notre interrogation.
À force d’offrir une visibilité médiatique aux représentants des groupes terroristes, ne contribue-t-on pas volontairement, à banaliser leur présence et leur discours ?
Le problème n’est donc pas seulement qu’Attaye Ag Mohamed ait été invité. Il est de savoir si cette invitation permet de comprendre la réalité du conflit ou si elle contribue, au contraire, à normaliser ceux qui participent à la violence qui frappe le Sahel.
Cette question est d’autant plus importante que l’histoire récente démontre que les rapports de force internationaux peuvent rapidement changer. Des acteurs hier considérés comme infréquentables peuvent devenir, lorsque les intérêts géopolitiques évoluent, des interlocuteurs privilégiés.
Attaye Ag Mohamed sur TV5MONDE ne devrait finalement étonner personne. Il y a peu encore, Ahmed al-Charaa était reçu en grande pompe à l’Élysée par Emmanuel Macron et prenait la parole à la tribune de l’ONU, tandis que les sanctions contre la Syrie étaient progressivement levées.
Les relations internationales obéissent d’abord aux intérêts des États. L’Afrique doit en tirer les leçons et cesser de regarder le monde avec naïveté.
Le Mali mérite-t-il moins d’attention ?
Alors que les autorités maliennes mènent une lutte acharnée pour préserver l’intégrité territoriale du pays et assurer la sécurité des populations, comment expliquer que les représentants de groupes armés terroristes disposent d’une telle visibilité internationale ?
Pourquoi leur parole trouve-t-elle si facilement des tribunes, alors que celle de ceux qui défendent quotidiennement le territoire malien est invisible ?
Les mots ont un poids. À force de présenter ces groupes comme des « rebelles », des « séparatistes » ou des acteurs politiques, sans rappeler suffisamment la violence et les souffrances liées à leurs actions, on finit par rendre l’inacceptable ordinaire.
Le terrorisme et la violence armée ne doivent jamais devenir banals simplement parce qu’ils sont régulièrement exposés sur nos écrans.
Le Mali n’est pas un laboratoire géopolitique. C’est une nation, avec une population qui aspire à vivre en paix, à préserver son territoire et à décider librement de son avenir.
Une autre question mérite également d’être posée : comment ces acteurs armés terroristes parviennent-ils à circuler, à accéder à des tribunes internationales et à être reçus dans certains espaces médiatiques et politiques étrangers ?
Qui facilite ces déplacements ? Quels réseaux leur permettent d’accéder à ces espaces ? Et quelles responsabilités les différents acteurs internationaux sont-ils prêts à assumer ?
Ces questions méritent des réponses, de la transparence et un véritable débat.
Le Mali doit rester maître de son destin
Le combat du Mali n’est pas un combat de haine. C’est un combat lucide et responsable pour la souveraineté, la sécurité et la dignité.
Il faut comprendre que personne ne défendra les intérêts du Mali mieux que les Maliens eux-mêmes. L’avenir de cette nation dépendra de sa capacité à s’unir, à protéger son territoire et à construire un État fort, afin que personne ne puisse décider ou penser à sa place.
La réalité du Mali doit être racontée avec rigueur, exigence et considération.
Derrière les plateaux de télévision et les grandes analyses géopolitiques, il y a une réalité que personne ne devrait oublier : des Maliens meurent, des femmes sont violées, des enfants sont kidnappés, des familles souffrent et un peuple se bat pour préserver son unité et son avenir.
Le Mali restera uni, souverain et indivisible.
À ceux qui œuvrent à la déstabilisation du Mali, sachez que vos intentions ne trompent plus personne. Vous êtes démasqués depuis longtemps.
Manda CISSE



