À Berlin, les Aiglonnes ont écrit une page d’histoire. En dominant l’Espagne, vice-championne d’Europe en titre, 82-73, le Mali a décroché le premier succès de son histoire en phase de groupes d’une Coupe du monde féminine. Un coup d’éclat qui relance également le tournoi malien.
Battues par le Japon lors de leur entrée en lice, les basketteuses maliennes ont créé la sensation face à l’Espagne, l’une des prétendantes au podium. La sélection espagnole restait pourtant sur une démonstration contre l’Allemagne (83-53).
Les Maliennes ont immédiatement imposé leur intensité, remportant le premier quart-temps (17-9). L’Espagne a réagi avant la pause et repris les commandes (34-32), mais le match allait basculer au retour des vestiaires.
Le Mali a infligé un cinglant 16-4 à son adversaire avant de remporter le troisième quart-temps 31-19. Avec dix points d’avance à l’entame du dernier acte (63-53), les joueuses de Kaba Kanté ont parfaitement maîtrisé la fin de rencontre pour s’imposer 82-73.
Sika Koné a été l’une des grandes artisanes de cette victoire avec 19 points et 10 rebonds. L’intérieure du Dream d’Atlanta a notamment inscrit trois tirs à trois points dans les moments décisifs. Djeneba N’Diaye a également terminé avec 19 points.
Cette victoire est historique : seize ans après leur succès contre le Sénégal en match de classement lors du Mondial 2010, les Maliennes décrochent leur deuxième victoire dans la compétition, mais surtout leur premier succès en phase de groupes.
Le Mali doit aussi apprendre à célébrer ses championnes
Et c’est précisément là que cette victoire devrait nous interpeller.
Les Aiglonnes méritent davantage de visibilité, de reconnaissance et de soutien. Elles ont les résultats, la ténacité et l’engagement. Elles portent le maillot national sur la scène mondiale et viennent de battre une nation majeure du basket féminin.
Pourtant, leur succès semble susciter bien moins de mobilisation que les performances d’autres équipes, y compris lorsque celles-ci enchaînent les déceptions.
Pourquoi cette différence de traitement ?
Nous avons parfois le sentiment que notre pays sait davantage célébrer ceux qui promettent que ceux qui réussissent réellement. Comme si l’échec était devenu familier, tandis que la réussite devait encore convaincre qu’elle mérite notre attention.
Et lorsque ces réussites sont celles de jeunes femmes, le malaise est encore plus évident. Le sport féminin malien souffre toujours d’un déficit de visibilité et de reconnaissance qui ne peut plus être ignoré.
Cette victoire contre l’Espagne devrait donc être plus qu’un résultat dans un tableau. Elle devrait être l’occasion de regarder autrement ces athlètes qui, malgré des moyens souvent limités et une reconnaissance insuffisante, continuent de porter haut les couleurs du Mali.
Les Aiglonnes ont fait leur part sur le parquet. À présent, aux institutions, aux médias et au public maliens de faire la leur : leur donner la visibilité, le soutien et la considération que leurs performances méritent.
Car cette fois, il ne s’agit pas de promesses.
Il s’agit d’un exploit.
Manda CISSE


