À Morila, quand l’autorité coutumière se transforme en abus de pouvoir

Image de la destruction d’un champ de maïs, à Morila. © DR

Détruire le champ d’un cultivateur, c’est anéantir des mois de travail et mettre en péril les moyens de subsistance d’une famille. Si les faits rapportés sont confirmés, une question s’impose : jusqu’où peut aller l’autorité d’un chef de village au Mali ?

Morila, dans le cercle de Kignan, région de Sikasso, est un village où la terre fait vivre les familles. Pourtant, cette semaine, des images montrant la destruction d’un champ de maïs et de coton ont suscité indignation et incompréhension.

Selon les éléments rapportés, ces destructions auraient été menées à la demande du chef de village, Bacari Marko, accompagné de plusieurs personnes. Les circonstances exactes du différend doivent naturellement être établies. Il ne s’agit donc pas ici de juger avant l’enquête, mais de poser une question qui dépasse largement le cas de Morila.

Comment peut-on régler un conflit en détruisant le travail et les moyens de subsistance d’un autre citoyen ?

Un champ n’est pas qu’une parcelle de terre. Derrière le maïs et le coton, il y a des mois de travail, des dépenses, des sacrifices et l’espoir de nourrir une famille. Détruire une récolte, c’est potentiellement anéantir une saison entière de labeur.

L’autorité ne peut pas être l’impunité

Le Mali traverse déjà des épreuves considérables. Sur le front sécuritaire, économique et social, le pays a besoin de cohésion, de justice et d’autorité républicaine.

Les chefs de village jouent un rôle traditionnel majeur dans la médiation et la cohésion des communautés. Mais cette responsabilité ne saurait signifier que quiconque puisse disposer librement du bien d’autrui ou se substituer à la justice.

Il ne peut y avoir un État dans l’État.

Si les faits rapportés à Morila sont confirmés, ils doivent faire l’objet d’une réponse appropriée des autorités compétentes. Non par vengeance, mais par la loi. Non pour humilier, mais pour rappeler une règle fondamentale : nul, quelle que soit sa fonction ou son statut, n’est au-dessus de la loi.

Le Mali a besoin de chefs qui apaisent, de responsables qui protègent et d’institutions qui rassurent.

Car lorsqu’un conflit conduit à détruire le champ d’un cultivateur, ce n’est pas seulement une récolte que l’on piétine.

C’est la confiance dans la justice que l’on met en péril.

À Morila comme partout ailleurs, le message doit être simple, l’autorité doit servir la paix, jamais devenir un permis de détruire.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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