Tapentadol : l’Afrique est-elle devenue le laboratoire du monde ?

Tapentadol : l'Afrique est-elle devenue le laboratoire du monde ? © DR

Une fois de plus, l’Afrique paie le prix de la faiblesse de ses institutions.

Après le scandale du tramadol, un nouveau fléau s’installe silencieusement sur le continent, le tapentadol, un opioïde de synthèse particulièrement puissant. Présenté sous l’apparence d’un simple médicament antidouleur, il possède pourtant un potentiel addictif élevé et peut provoquer des dépressions respiratoires, des overdoses et des décès.

Des enquêtes internationales ont mis en lumière l’ampleur d’un trafic inquiétant : des centaines de millions de comprimés de tapentadol auraient été expédiés depuis l’Inde vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Le Ghana, la Sierra Leone, le Nigeria et la Côte d’Ivoire figurent parmi les pays concernés par ces circuits de distribution. Les autorités de certains États de la région alertent également sur l’existence de routes de transit vers d’autres territoires, faisant craindre une propagation progressive du phénomène. Sans une réponse rapide et coordonnée des autorités sanitaires et sécuritaires, de nouveaux pays pourraient devenir à leur tour des marchés pour ces opioïdes de synthèse.

L’Afrique, marché de tous les risques

Pourquoi l’Afrique ?

Parce qu’elle représente un marché immense où les contrôles demeurent souvent insuffisants, où les réseaux de contrebande prospèrent et où la corruption ouvre parfois des portes que la loi devrait maintenir fermées.

Lorsqu’un produit devient difficile à écouler ailleurs, certains regardent vers l’Afrique. Lorsqu’une réglementation se durcit dans les pays développés, de nouveaux débouchés apparaissent sur notre continent. Une fois encore, l’Afrique sert de terrain d’expérimentation pour des produits dont les conséquences sanitaires sont pourtant bien connues.

Ce constat est d’autant plus révoltant que nos dirigeants continuent de privilégier les discours aux actions.

Pendant que la jeunesse sombre dans les addictions, les systèmes de santé restent sous-financés. Pendant que les trafics prospèrent, les contrôles aux frontières demeurent insuffisants. Pendant que des millions de jeunes cherchent des perspectives d’avenir, l’éducation, la culture, la prévention et la santé publique continuent d’être reléguées au second plan.

Le plus grand danger, c’est notre passivité

Le plus inquiétant ce n’est pas seulement que ces opioïdes arrivent sur le continent.

Le drame est qu’ils trouvent des marchés.

Trop souvent, notre priorité reste l’argent, peu importe son origine, peu importe les conséquences. Cette logique fait de l’Afrique une cible idéale pour tous ceux qui cherchent à écouler des produits refusés ou strictement encadrés ailleurs.

Combien de crises faudra-t-il encore avant que nos gouvernements comprennent que la santé publique n’est pas une dépense, mais un investissement ? Combien de jeunes devront sombrer dans la dépendance avant que les autorités sanitaires ne prennent pleinement la mesure du danger ?

Il est temps que les agences nationales du médicament, les ministères de la Santé, les douanes, les forces de sécurité et les organisations régionales travaillent de concert pour endiguer ce trafic. Il est temps de renforcer les contrôles aux frontières, de démanteler les réseaux criminels, de sensibiliser les populations et de sanctionner tous ceux qui participent à ce commerce destructeur.

L’Afrique ne doit plus accepter d’être le réceptacle des produits que d’autres nations refusent pour leurs propres populations.

Notre jeunesse vaut mieux que cela, et la protéger devrait être la première responsabilité de nos dirigeants.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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