Au Mali, deux bébés siamois séparés : une prouesse médicale qui ouvre un nouvel horizon

MalikoNews
Au Mali, deux bébés siamois séparés : une prouesse médicale qui ouvre un nouvel horizon. © DR

Il y a des réussites médicales qui dépassent largement le cadre d’un bloc opératoire. Celle accomplie au CHU Gabriel Touré de Bamako en fait incontestablement partie.

Le 2 septembre 2026, une équipe médicale malienne a réussi une intervention exceptionnelle en séparant deux bébés siamois, nés quelques jours plus tôt avec une paroi abdominale commune, une vessie et une partie de leur appareil digestif et urinaire partagées.

Une première au Mali.

Pendant près de deux heures, chirurgiens pédiatriques, anesthésistes-réanimateurs, radiologues, pharmaciens, biologistes et personnels paramédicaux ont uni leurs compétences pour relever un défi d’une extrême délicatesse. Les deux petites filles, qui pesaient à peine 2,5 kilogrammes chacune, sont aujourd’hui séparées et se portent bien.

Derrière cette réussite, il y a bien sûr une équipe. Mais il y a surtout une conviction, celle que l’on peut réussir, ici, au Mali, des interventions médicales parmi les plus complexes.

L’excellence commence par le talent

Cette prouesse s’est préparée bien avant l’entrée au bloc opératoire.

À Sikasso, à 375 kilomètres de Bamako, un gynécologue-obstétricien avait identifié la grossesse gémellaire grâce à une simple échographie. Sans scanner ni IRM, il a posé le bon diagnostic et permis aux équipes d’anticiper la prise en charge.

« Sincèrement, c’est de l’art ! », souligne le professeur Yakaria Coulibaly, chef du service de chirurgie pédiatrique du CHU Gabriel Touré.

Cette phrase dit beaucoup.

La médecine d’excellence ne repose pas uniquement sur des équipements sophistiqués. Elle repose d’abord sur des femmes et des hommes compétents, formés, capables d’observer, de décider et de travailler ensemble. Et cette intervention vient précisément de le démontrer.

Quand la détermination rencontre la compétence

Face à la complexité de la situation, le directeur général du CHU Gabriel Touré, le Colonel Professeur Thierno Madani Diop, aurait lancé à ses équipes : « Sauvez-moi ces bébés, ils doivent vivre. »

Le message était simple. La réponse l’a été tout autant. Il fallait mobiliser toutes les compétences et jouer collectif.

Chirurgie, anesthésie-réanimation, radiologie, cardiologie, pharmacie, laboratoire… Une équipe pluridisciplinaire s’est constituée autour de ces deux nouveau-nées.

La réussite de l’opération est d’abord la leur.

Elle est aussi celle d’un système de santé qui, lorsqu’il dispose des compétences et des équipements nécessaires, peut relever des défis que l’on aurait autrefois imaginé devoir confier à des équipes étrangères.

Une victoire pour ces deux enfants, un encouragement pour tout un pays

Il faut évidemment rester prudent, l’opération n’est qu’une étape. Les deux petites filles resteront encore plusieurs semaines à l’hôpital sous surveillance.

L’une dispose désormais de sa propre vessie et de ses voies urinaires. L’autre devra bénéficier d’un accompagnement médical particulier, notamment parce qu’elle ne possède pas de côlon.

Mais l’essentiel est là, elles ont désormais chacune leur propre corps et une nouvelle chance de construire leur vie.

Elles n’ont pas encore de prénom. Les impératifs médicaux ont retardé les traditions familiales.

Mais elles ont déjà une histoire extraordinaire à raconter.

Une histoire qui mérite d’être racontée au-delà du Mali.

Car cette première médicale ne doit pas seulement susciter la fierté. Elle doit nourrir l’ambition.

Elle nous rappelle qu’il faut continuer à investir dans les hôpitaux, dans les équipements, dans la recherche, mais surtout dans la formation et la valorisation des professionnels africains.

Chaque réussite de ce type contribue à faire reculer l’idée, encore trop répandue, que l’excellence médicale serait nécessairement ailleurs. Cette réussite témoigne également de la priorité accordée par les autorités de la Transition malienne, qui ont fait de l’hôpital une priorité absolue. Les travaux engagés et les investissements réalisés sont aujourd’hui visibles et produisent des résultats concrets.

Derrière ces deux petites filles, c’est aussi l’image d’un hôpital malien plus moderne, plus performant et capable de relever des défis médicaux toujours plus complexes qui prend forme.

Au Mali, la médecine vient de nous rappeler une chose essentielle. Quand la compétence, la détermination et les moyens se rencontrent, l’impossible peut changer de visage.

Manda CISEE

Auteur/Autrice

Également :

Autres articles