De la domination coloniale à la domination mentale

Les 23 et 24 août 2026, le président Emmanuel Macron a reçu à Paris Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite. © DR

Les 23 et 24 août 2026, le président Emmanuel Macron a reçu à Paris Mohammed ben Salmane, prince héritier et Premier ministre d’Arabie saoudite, dans le cadre d’une visite officielle. Dans la continuité du déplacement du chef de l’État à Riyad en décembre 2024, cette rencontre a confirmé la volonté de renforcer le partenariat stratégique entre la France et le Royaume saoudien.

Pour la première fois, les deux dirigeants ont réuni le Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. Parmi les annonces, trois futurs parcs à thème en France, pour un investissement saoudien de 6 milliards d’euros et quelque 22 000 emplois annoncés.

Ce qui devrait surtout nous interpeller n’est pas l’investissement saoudien en France. C’est le contraste avec la manière dont nous pensons parfois nos relations avec les mêmes pays lorsqu’ils viennent chez nous.

En Occident, chez les « quffar », comme certains aiment encore les appeler avec une désinvolture déconcertante, ils viennent avec des investisseurs, des économistes, des ingénieurs, des juristes et des entrepreneurs. Ils négocient, investissent, créent des emplois et construisent des partenariats.

Chez nous, chez leurs « frères », nous attendons parfois du riz, du lait en poudre, des livres religieux, des prêcheurs, des théologiens et des tapis de prière. Et nous nous battons pour les obtenir.

À quel moment avons-nous accepté de troquer notre dignité contre la dépendance ? Comment sommes-nous passés de la domination coloniale à la domination mentale ?

Je ne suis pas contre la religion. Bien au contraire. Mais je suis farouchement opposé à l’adoption sans discernement d’une culture étrangère au détriment de nos propres valeurs, de notre identité et de notre libre arbitre.

Le problème n’est donc pas la foi. Il est dans notre capacité à penser par nous-mêmes.

Dans un petit village de ma région, sept mosquées côtoient une seule école dans un état lamentable et un médecin mal payé. Les imams ne manquent de rien. Le médecin, lui, peut parfois être rémunéré avec des poules, des cacahuètes ou quelques céréales.

Voilà notre réalité.

Une société qui investit davantage dans les lieux de culte que dans l’éducation, la santé, la connaissance et la production doit s’interroger sur ses priorités.

La religion peut accompagner une société. Elle ne peut pas remplacer l’école, la science, la médecine, l’économie ou la pensée critique.

L’ignorance, qu’elle soit religieuse, politique ou idéologique, rend toujours les peuples vulnérables à ceux qui pensent à leur place.

Oui, les contradictions sont nombreuses dans le discours et le mode de vie de certaines élites du monde musulman. Mais Mohammed ben Salmane ne représente pas l’islam, pas plus qu’un dirigeant ne peut incarner à lui seul une religion.

Notre responsabilité est ailleurs.

Nous devons apprendre à coopérer sans nous soumettre, à recevoir sans perdre notre dignité et à croire sans renoncer à notre intelligence.

Il est temps de remettre l’éducation, la santé, la connaissance et la production au cœur de nos priorités. Il est temps de former une jeunesse qui ne demande pas seulement ce que les autres peuvent lui donner, mais qui se demande ce qu’elle peut elle-même apporter au monde.

Notre salut ne viendra pas de ceux qui pensent à notre place. Notre dignité ne se négocie pas. Et notre avenir ne peut pas être sous-traité.

La véritable émancipation commence lorsque nous redevenons capables de penser, de décider et de construire par nous-mêmes.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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