À Nairobi, en marge du sommet Africa Forward, Emmanuel Macron est revenu le 10 mai 2026 sur les récents événements ayant frappé le Mali. Mais au-delà des mots prononcés devant la presse, c’est surtout le langage corporel du président français qui interpelle. Derrière les déclarations diplomatiques, beaucoup ont cru percevoir une forme de satisfaction à voir le Mali traverser cette période difficile.
Le président français a estimé que les autorités maliennes n’avaient pas pris « la meilleure décision » en demandant le départ de l’armée française. Une appréciation qui n’engage que lui et qui ne changera ni l’opinion nationale malienne ni la position des autorités de Bamako. Le Mali a fait un choix souverain, un choix assumé, un choix qui dépasse les intérêts et les frustrations de Paris.
Il est d’ailleurs paradoxal d’entendre Emmanuel Macron dénoncer les « putschistes », lui qui ne cache pas son admiration pour Napoléon Bonaparte, figure historique arrivée au pouvoir par un coup d’État. Mais au-delà des contradictions et du verbiage politique, le bilan français au Mali et dans l’ensemble du Sahel demeure profondément contesté.
Car c’est durant la présence militaire française que des régions entières du Mali sont devenues impraticables. C’est sous l’ère de l’intervention française que des villages ont continué d’être incendiés, que des populations ont fui, que l’insécurité s’est propagée. Pendant des années, l’armée malienne n’a ni été suffisamment équipée ni véritablement renforcée pour assurer seule la défense de son territoire. Plus grave encore, le Mali avait parfois le sentiment de ne même plus être maître de ce qui se déroulait sur son propre sol.
Le pays vivait sous une forme de tutelle sécuritaire où les décisions stratégiques semblaient davantage dictées depuis Paris que depuis Bamako. Une relation déséquilibrée, héritée d’un autre temps, où certains responsables français donnaient encore l’impression de considérer le Mali comme une zone d’influence plutôt qu’une nation souveraine.
Dans le même temps, la France n’a pas hésité à mobiliser des milliards pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Pourtant, l’Ukraine n’a jamais participé à la libération de la France, ni contribué historiquement, humainement ou économiquement à son développement comme l’ont fait les peuples africains, et notamment les Maliens. Des milliers de soldats africains ont versé leur sang pour défendre la France durant les grandes guerres. Cette mémoire, trop souvent oubliée, nourrit aujourd’hui une profonde incompréhension face à certaines attitudes condescendantes.
Le Mali refuse désormais de tolérer l’intolérable. Le Mali refuse d’être une annexe de la France ou un simple pion géopolitique. Derrière cette rupture se trouve une aspiration claire, celle de retrouver une pleine souveraineté politique, militaire et stratégique.
Et pendant que certains se réjouissent discrètement des difficultés maliennes, le peuple malien, lui, pleure ses fils et ses filles tombés lors des attaques tragiques du 25 avril 2026. Face à une telle douleur, l’humanité devrait inspirer autre chose que des calculs politiques ou des sourires à peine dissimulés.
Enfin, le président Macron évoque déjà les coopérations renforcées entre la France, le Bénin et le Nigeria comme des exemples de partenariats « réussis ». Chacun sera libre d’en tirer ses propres conclusions. Les analystes commenteront ; les peuples, eux, comprennent souvent bien plus vite que les discours officiels ce que signifient réellement certains repositionnements stratégiques.
Le Mali avance désormais selon sa propre voie. Et qu’on partage ou non cette trajectoire, une chose est certaine, le temps où d’autres décidaient à sa place appartient de plus en plus au passé. Il est peut-être temps de l’accepter.
Manda CISSE



