Paul Biya : quarante jours d’absence, quarante-trois ans d’immobilisme

Paul Biya : quarante jours d'absence, quarante-trois ans d'immobilisme. © Présidence du Cameroun

Selon plusieurs informations relayées ces dernières semaines, le président camerounais Paul Biya aurait été pris en charge dans une clinique privée à Genève, en Suisse, à la suite d’un malaise survenu après les célébrations de la Fête nationale du 20 mai 2026.

Face à ces affirmations, le gouvernement camerounais a rapidement réagi. Dans un communiqué publié le 18 juin 2026, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a formellement démenti toute hospitalisation du chef de l’État.

Selon le ministre, Paul Biya séjourne bien à Genève, mais « ne se trouve dans aucun établissement hospitalier » et son état de santé « ne nécessite aucune prise en charge médicale » telle que celle évoquée dans certaines publications. Le communiqué précise également que le président continue de suivre les affaires de la République et de donner les orientations nécessaires à la conduite de l’État, avant d’assurer son retour au Cameroun « dans les plus brefs délais ».

Pourtant, près de quarante jours après cette déclaration, Paul Biya demeure en Suisse. Plusieurs sources indiquent qu’il résiderait à l’hôtel InterContinental de Genève, où il occuperait le dernier étage avec une partie de son entourage dans le cadre de son suivi médical.

Une absence qui dépasse la question de la santé

Au-delà de la question de sa santé, c’est désormais celle de la gouvernance qui se pose.

À 93 ans et après plus de quatre décennies au pouvoir, Paul Biya incarne l’un des plus longs règnes présidentiels au monde. Pour nombre de Camerounais et d’observateurs africains, le véritable débat ne réside plus dans le lieu où séjourne le président, mais dans le bilan laissé après quarante-trois années de pouvoir.

Car lorsqu’une absence prolongée semble n’avoir aucune conséquence visible sur le fonctionnement d’un pays, une interrogation fondamentale s’impose : que révèle-t-elle de la nature des institutions ?

Le miroir d’une crise plus profonde en Afrique

Le problème dépasse désormais le seul cas du Cameroun. Il renvoie à une réalité plus large qui touche plusieurs États africains. La personnalisation excessive du pouvoir, l’affaiblissement des institutions et l’absence de mécanismes de renouvellement politique.

Comment expliquer que tant de dirigeants considèrent le pouvoir comme une fin en soi plutôt que comme une responsabilité temporaire au service de la nation ? Pourquoi l’intérêt général semble-t-il si souvent relégué derrière les intérêts personnels ou partisans ? Pourquoi les alternances démocratiques demeurent-elles encore si difficiles dans plusieurs pays du continent ?

Le retard de l’Afrique ne se mesure pas uniquement à travers ses indicateurs économiques. Il s’observe aussi dans la faiblesse de certaines pratiques de gouvernance, dans le manque de responsabilité des élites et dans l’incapacité persistante à construire des institutions suffisamment solides pour fonctionner indépendamment des hommes qui les dirigent.

Chaque nouvelle crise politique rappelle une évidence, aucune nation ne peut durablement prospérer lorsque ses institutions reposent davantage sur une personne que sur des règles.

Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, mérite un débat serein sur l’avenir de ses institutions, sur le renouvellement de sa classe politique et sur l’exigence de responsabilité envers les citoyens.

Car une nation ne peut se satisfaire d’un pouvoir dont l’absence prolongée semble devenue la normalité. Le scandale n’est plus qu’un président soit absent. Le véritable scandale est qu’un pays semble s’y être résigné.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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