Le Sahel, nouveau Front du western occidental : le « Sahelistan » en gestation

Les trois pays membres de l'AES. Photomontage © Malikonews

Une région ou un pays disposant des moyens de garantir sa souveraineté territoriale et politique ne peut souffrir d’un diktat venu d’ailleurs. Mais quand il s’agit de l’Afrique, cette donne a du plomb dans l’aile puisque dans l’esprit de beaucoup de dirigeants en Occident et Arabie l’Afrique Subsaharienne n’a pas le même statut que les autres régions du monde.

Alors, pour le vulnérabiliser, on crée et développe un chaos perpétuel dans sa sphère géographique comme au Congo, un scandale géologique regorgeant de ressources stratégiques incontournables, depuis l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, devenu un pays ouvert à mille vents sauf à celui des Congolais. Et dans ce trouble « organisé », planifié, le pillage des ressources devient un jeu d’enfant parce qu’aucune surveillance n’est possible.

Dans les mêmes conditions, l’or du nord Mali pillé par les mercenaires terroristes se retrouve sur le marché de Dubaï entre autres.

Nul besoin d’être un observateur scrupuleux des choses du monde pour se rendre compte du simple fait que toutes les zones de conflit correspondent à des zones géologiquement importantes ou politiquement incontournables, l’une appelant l’autre.

Dans cette enchère d’intérêts sombres, l’Afrique qui n’a jamais baigné dans la culture de la piraterie, du bellicisme, qui n’a jamais eu l’idée d’envahir les autres pour s’imposer à eux et qui, partant, n’a pas songé à se protéger des prédateurs en fabriquant des armes létales sophistiquées, est, pour le moment, nue, avilisée donc méprisée. Certains de ses fils participent à cette messe lugubre.

Concrètement, aucune prédation n’étant possible dans une société structurellement en mesure de s’autogérer, il convient d’y organiser un tel capharnaüm qu’il devient une gageure d’organiser une vie paisible.

C’est ainsi qu’il est établi maintenant que Dag Hammarskjold, secrétaire général des Nations Unies, de 1953 à 1961, a été assassiné dans un crash aérien pour l’empêcher d’imposer la paix au Congo, RDC. Les soupçons documentés pointent les compagnies minières belges et anglo-saxonnes, les pays de l’Otan étaient dans la place. Il fallait perpétuer le chaos.

Et comme on ne change pas une stratégie qui fonctionne, bis repetita, à partir de la Libye en 2011 avec l’assassinat de Kadhafi, on planifie un « bordelistan » dans le Sahel pour toujours piller. A cette curée dans le Sahel sont invités de nouveaux pays prédateurs en connexion avec l’Occident dont le Qatar…

Le Mali, premier front du refus de ce néocolonialisme, renforcé par la mise en place de l’AES, devient le cœur de cible des attaques qui, par effet de domino selon l’entendement des bellicistes occidentaux, « est invité à s’effondrer » en premier lieu. Cela n’exclut pas d’autres tentatives dans les autres pays de l’AES : mettre plusieurs fers dans le feu donne plus de garantie au forgeron.

Une évidence s’impose à cet égard. Aucune de ces manœuvres n’a de chance de réussir sans des chevaux de Troie, des complicités intérieures. Il s’agit de cette bourgeoisie locale, désignée bourgeoisie compradore. Elle est prompte à s’allier aux pires ennemis de son pays dès qu’elle en tire un profit personnel. Cette bourgeoisie compradore renvoie aujourd’hui à Alassane Ouattara en Afrique de l’Ouest et elle a été statufiée par Les Mobutu au Zaïre, Gnassingbé Eyadema au Togo, Houphouët Boigny en Côte d’Ivoire, Léopold Sédar Senghor au Sénégal et j’en passe…

Les palinodies langagières des dirigeants occidentaux n’y font rien. L’Occident ne veut pas renoncer à cette prédation outrancière qui fit de lui le Capo di tutti capi (le « parrain des parrains », NDLR) du monde depuis Mathusalem. Cette prédation (extermination) qui a permis l’annexion des Amériques, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, entre autres, dont les populations autochtones disposent de la portion congrue sur leurs territoires.

Ce scénario, l’Afrique noire gagnerait à le prendre en compte. Faut-il, pour corroborer la chose, rappeler les éloges à la violence du général français François Lecointre sur la nécessité d’envahir le bassin méditerranéen et l’Afrique noire pour protéger l’Europe, de Christophe Gomart plus récemment à l’Assemblée européenne qui manœuvre pour lancer les discrédits sur le Burkina Faso, et enfin ceux de l’ancien chef de la diplomatie européenne, Josep Borrel, qui préconise la protection du « jardin européen » contre son environnement géographique  Sud. L’Ukraine est utilisée comme l’idiot utile de l’aventure guerrière, pays dont le mercenariat des ressortissants est devenu une lapalissade.

Sur la même lancée que ce décorum sinistre se profile une entreprise si malséante que l’on préfère la soustraire à l’intellect : la « dénégrification » de l’Afrique.

Le concept heurte et interroge. Mais il est dans les tuyaux occidentaux et moyen-orientaux.

Cheick Anta Diop, dans ses œuvres sur les falsifications historiques avait ébauché plusieurs idées sur les histoires fabriquées rendant caduques tout apport nègre dans la civilisation mondiale. C’est ainsi que les Pharaons ont été « blanchisés », les théories égyptiennes nègres attribuées aux Thalès, Pythagore, Aristote et j’en passe.

Nous reviendrons sur le sujet dans des interventions ultérieures. Il est certain que nombre de pays, essentiellement en Occident, au Moyen-Orient avec des ramifications en Afrique du nord lorgnent les sous-sols africains et sont imprégnés de l’idée que dans le concert des groupes humains, celui des noirs est et demeure intrinsèquement inférieur. Sur ce registre, il faut entendre ceux qui, à raison, disent que les Russes, les Chinois et Indiens ne sont aussi présents dans nos pays que par intérêt. Mais il y a des différences essentielles : ces pays n’ont jamais été des colonisateurs en Afrique avec les mensonges, la barbarie, la chosification de l’homme.

Le capitalisme occidental et moyen-oriental, surtout le premier, ne brillent que par la convoitise, la manipulation, le mensonge, l’extermination, le brigandage décomplexé.

Donald Trump, dans ses dérives au Venezuela, à Gaza, au Nigéria, en Iran montre le visage sans fard du système capitaliste outrancier. Les autres pays occidentaux, surtout les anciens colonisateurs, feraient pareil s’ils en avaient le loisir aujourd’hui.

Nous sommes prévenus. Tous les soi-disant terroristes, djihadistes opérants dans le Sahel sont des mercenaires armés par les Occidentaux, surtout la France et financés par de nombreuses sources dont le Qatar qui avait déjà financé la guerre de l’Occident contre la Libye.

L’ordre d’extermination du peuple Herero dans le Sud-Ouest Africain (Namibie) donné le 02 octobre 1904 par le général allemand Lothar von Throta et le génocide qui a suivi peut recommencer. L’exemple concerne l’Allemagne mais le même type d’ordre a été proclamé et exécuté par tous les pays colonisateurs.

Voilà ce qui nous pend au nez, pendant qu’on sautille comme des cabris en psalmodiant « Démocratie » « Démocratie » tel un verset d’un livre saint. Un narratif pour enfants de chœur, pour les simplets.

Les pays africains sont déjà divisés. Les panafricains essaient de s’organiser. Les collabos fourbissent aussi leurs armes contre eux. Les maîtres observent.

Au XIXème siècle l’instrumentalisation et la manipulation de nos chefs locaux, pour en faire des ennemis qui se combattent, a très bien fonctionné.

La vision patrimoniale de l’Occident sur l’Afrique ne cessera que par une cohésion sacrée des Africains sur l’essentiel : l’indépendance arrachée de haute lutte, militaire et intellectuelle, pas octroyée, pas ces indépendances enchaînées.

Yamadou Traoré

Historien et Analyste politique

Auteur/Autrice

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