L’Afrique du Sud vient d’actualiser sa liste officielle des exemptions de visa, permettant aux détenteurs de passeports ordinaires de 32 pays africains d’entrer sur son territoire. Présentée comme un geste d’ouverture et un pas vers une meilleure intégration africaine, cette décision suscite pourtant une autre lecture.
Car une question demeure : cette mesure répond-elle réellement aux blessures encore vives laissées par les violences xénophobes qui ont, à plusieurs reprises, visé des ressortissants africains installés en Afrique du Sud ?
Derrière cette annonce, Pretoria semble vouloir tourner la page sans véritablement regarder le passé en face. Faciliter l’entrée sur le territoire est une chose. Restaurer la confiance en est une autre. Beaucoup d’Africains gardent en mémoire les images de commerces pillés, d’hommes et de femmes pourchassés, humiliés, parfois tués, simplement parce qu’ils venaient d’un autre pays africain.
La mémoire ne s’efface pas avec une exemption de visa
Ce geste diplomatique ne doit pas endormir les consciences africaines. Le temps est venu de comprendre que tous les États du continent ne poursuivent pas nécessairement les mêmes priorités ni la même vision de l’intégration africaine. Certains choix politiques peuvent servir les intérêts d’un État sans pour autant répondre aux aspirations profondes des peuples africains.
L’Afrique du Sud, malgré son poids économique et diplomatique, traverse depuis des années une crise profonde de son modèle de coexistence avec les migrants africains. Tant que les causes de cette hostilité ne seront pas traitées avec sérieux, une exemption de visa, aussi médiatique soit-elle, ne suffira pas à effacer le sentiment d’abandon ressenti par de nombreux Africains.
Si permettre à 32 nationalités africaines d’entrer sans visa constitue aujourd’hui la principale réponse de Pretoria, alors les autorités sud-africaines n’ont peut-être pas pleinement pris la mesure des souffrances endurées par des milliers de ressortissants africains sur leur sol. On ne répare pas des années de méfiance, de violences et de discriminations par une simple mesure administrative.
Les Africains sont libres de choisir leur destination, de travailler où ils le souhaitent et de construire leur avenir là où ils l’estiment possible. Mais chacun devrait aussi mesurer les réalités auxquelles il peut être confronté et faire ce choix en connaissance de cause. Une politique de visa ne constitue pas, à elle seule, une garantie d’accueil, de sécurité ou de dignité.
L’Afrique mérite mieux que des gestes symboliques. Elle mérite des actes cohérents, une protection effective des ressortissants africains sur l’ensemble du continent et une intégration fondée sur le respect mutuel. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, les annonces diplomatiques ne seront que des opérations de communication plutôt que des véritables avancées pour l’unité africaine.
La réconciliation ne se décrète pas. Elle se construit par la justice, la reconnaissance des erreurs et des engagements concrets. C’est à cette condition que l’Afrique du Sud pourra convaincre que son ouverture est durable et qu’elle ne constitue pas une simple opération de communication destinée à faire oublier les traitements inhumains infligés à de nombreux ressortissants africains.
Manda CISSE


