Le Mali en mouvement : mettre fin à l’impunité foncière, une justice attendue depuis trop longtemps

Le Mali en mouvement : mettre fin à l'impunité foncière, une justice attendue depuis trop longtemps. Photo d'illustration © DR

Les autorités de la transition semblent avoir décidé de s’attaquer à l’un des maux les plus profonds du Mali, et plus particulièrement de Bamako : les litiges et les fraudes foncières qui, depuis des années, brisent des vies et alimentent un profond sentiment d’injustice.

Pendant longtemps, de nombreux citoyens ont eu le sentiment que les puissants étaient intouchables et que le droit s’effaçait devant les réseaux d’influence. Aujourd’hui, les actions engagées pour examiner certains dossiers et tenter de rétablir les droits de personnes lésées donnent le sentiment que des lignes commencent à bouger. Cette volonté de remettre de l’ordre dans un domaine aussi sensible mérite d’être soulignée.

Une blessure qui touche des milliers de familles

Combien de Maliens de la diaspora ont perdu les économies de toute une vie ? Combien de familles modestes ont vu leur terrain disparaître à la suite de décisions contestées ou de pratiques frauduleuses ? Combien de travailleurs honnêtes ont vu leurs projets anéantis après des années de sacrifices ?

Derrière chaque litige foncier se cache souvent une histoire humaine. Celle d’une famille qui rêvait de construire sa maison. Celle d’un père ou d’une mère qui avait économisé pendant des décennies. Celle d’un citoyen convaincu que le droit protégerait enfin son bien.

Car au-delà de la perte financière, c’est la confiance dans les institutions qui s’effondre. C’est une vie entière de travail qui peut être balayée en quelques signatures ou quelques décisions contestées.

Un État ne peut prospérer sur l’injustice

Aucune nation ne peut durablement se construire sur la souffrance d’une partie de sa population. Le développement économique, les investissements et la confiance des citoyens reposent avant tout sur une justice crédible et sur la protection effective du droit de propriété.

Les litiges fonciers figurent parmi les principales sources de conflits au Mali. Peu de familles échappent, de près ou de loin, à cette réalité. Chacun connaît un proche, un voisin ou un parent confronté à une contestation de terrain, à une procédure interminable ou à une perte qu’il estime injuste.

Si les autorités parviennent à faire reculer les pratiques frauduleuses, à renforcer la transparence et à rappeler que nul n’est au-dessus de la loi, ce sera un signal fort envoyé à l’ensemble de la société.

Le combat contre les dérives foncières ne consiste pas seulement à récupérer des parcelles ou à régler des contentieux. Il s’agit de restaurer une valeur essentielle, la confiance. Car lorsqu’un citoyen n’est plus certain que son bien lui appartient réellement, c’est tout le contrat social qui se fragilise.

La justice foncière n’est donc pas une question secondaire. Elle est l’un des fondements de la paix, de l’investissement et du développement d’un pays. En s’attaquant à ce défi, les autorités ouvrent un chantier dont les conséquences pourraient dépasser largement le seul domaine du foncier et contribuer à restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

Manda CISSE

 

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