Sénégal : quand la solidarité présidentielle soulève des questions

Sénégal : quand la solidarité présidentielle soulève des questions. © Présidence du Sénégal

Certaines annonces se veulent généreuses mais soulèvent, au-delà de leur apparente portée sociale, des questions légitimes sur la gouvernance, la transparence et les rapports entre pouvoir, famille et argent.

Samedi 5 septembre 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a annoncé une contribution de 500 millions de francs CFA de la Fondation Sénégal Solidaire, à l’initiative de la Première dame Marie Khone Faye, pour accompagner les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.

L’objectif est louable, permettre à des enfants, notamment issus de quartiers défavorisés, d’assister aux compétitions. 200 000 billets doivent ainsi être mis à la disposition des écoles et des associations.

Sur le principe, qui pourrait s’opposer à ce que les enfants les plus modestes puissent vivre un tel événement ?

Mais dans nos démocraties encore fragiles, la question n’est pas seulement de savoir à quoi sert l’argent. Elle est aussi de savoir d’où il vient, qui le mobilise et dans quelles conditions.

Quand la frontière entre pouvoir et sphère familiale devient floue

La formule présidentielle a naturellement suscité des interrogations : « La Première dame m’a dit de vous dire qu’elle contribuera à hauteur de 500 millions à travers la Fondation Sénégal Solidaire. »

Le problème n’est pas qu’une Première dame puisse soutenir une œuvre sociale. Le problème est celui de la transparence.

Lorsqu’une fondation liée à la Première dame mobilise 500 millions de francs CFA, les citoyens sont en droit de demander qui finance cette fondation ? Comment les fonds ont-ils été collectés ? Quels sont les donateurs ? Quels mécanismes de contrôle existent ?

Ce ne sont ni des procès d’intention ni des attaques personnelles. Ce sont des questions démocratiques élémentaires.

Et cette affaire dépasse largement les JOJ.

L’Afrique a trop longtemps connu ces situations où les frontières entre famille, pouvoir, réseaux d’influence et ressources financières deviennent difficiles à distinguer.

Démocratie façon thiéboudienne

Le Sénégal possède une tradition démocratique ancienne et plus solide que celle de nombreux pays de la région. Mais aucune démocratie ne doit être dispensée de vigilance.

L’arrivée d’un nouveau pouvoir ne suffit pas à changer les pratiques. La véritable rupture commence lorsque les institutions sont suffisamment fortes pour que la transparence ne dépende ni de la personnalité du président, ni de son entourage, ni de la confiance que les citoyens accordent à leurs dirigeants.

Il serait facile de résumer cette affaire par une vieille formule : « En Afrique, le pouvoir s’exerce en famille et l’argent vient toujours de mécènes et de partenaires internationaux. »

Mais justement, sortons de cette fatalité.

Ce n’est pas parce qu’une pratique est ancienne qu’elle doit être perpétuée. Ce n’est pas parce que l’argent est présenté comme privé qu’il doit échapper aux questions. Et ce n’est pas parce qu’une initiative est socialement séduisante qu’elle doit être soustraite au regard des citoyens.

La solidarité est une belle valeur.

La transparence est une obligation démocratique.

Si ces 500 millions proviennent effectivement de dons privés, de mécènes ou de partenaires, alors leur origine et les mécanismes de collecte devraient pouvoir être expliqués clairement.

La meilleure manière de dissiper les soupçons n’est pas de condamner les interrogations, mais de donner les informations qui permettent aux citoyens de comprendre.

Au fond, la véritable rupture est peut-être là, ne plus demander aux citoyens de croire, mais leur donner les moyens de savoir.

Souhaitons donc que les enfants sénégalais profitent pleinement des JOJ Dakar 2026. Mais souhaitons surtout que cet événement laisse un héritage plus important que les médailles. Celui d’une gouvernance où la solidarité ne dispense jamais de transparence, où la proximité avec le pouvoir ne remplace pas les institutions et où l’argent peut toujours être regardé en pleine lumière.

Sinon, nous continuerons avec une vieille recette africaine, beaucoup de communication, beaucoup de solidarité affichée… et trop peu de questions sur l’addition.

Vive la démocratie façon thiéboudienne ? Peut-être. Mais à condition qu’elle soit bien cuite, sans mélange des genres, sans ingrédients douteux et sans addition cachée.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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