L’annonce de l’acquisition par le Mali d’un nouvel avion présidentiel pour un montant de 15,6 milliards de FCFA a immédiatement suscité des réactions. Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, les difficultés économiques et les attentes sociales, certains s’interrogent sur l’opportunité d’un tel investissement.
Le débat est légitime dans un État de droit. Mais encore faut-il le placer au bon endroit.
En réalité, la question n’est pas de savoir si le Mali doit disposer d’un avion présidentiel. Pour un État confronté à une menace terroriste permanente, dont les plus hautes autorités sont appelées à effectuer régulièrement des missions diplomatiques et sécuritaires, disposer d’un appareil opérationnel relève moins du luxe que de la nécessité.
L’ancien Boeing présidentiel n’a pas été remplacé par convenance. Il a été gravement endommagé lors de l’attaque du 17 septembre 2024 contre l’aéroport militaire de Bamako, une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Les expertises techniques ayant conclu que sa remise en état serait trop coûteuse, son remplacement s’imposait.
Un outil de souveraineté avant d’être un symbole
Un avion présidentiel n’est pas seulement un moyen de transport. Il est un instrument de souveraineté.
Il permet au chef de l’État, au gouvernement et aux délégations officielles de se déplacer rapidement, en toute sécurité et sans dépendre d’appareils affrétés ou de la disponibilité d’États tiers. Dans le contexte actuel du Mali, où les enjeux diplomatiques et militaires sont permanents, cette autonomie constitue un atout stratégique.
Avec une autonomie de 11 500 kilomètres et des équipements adaptés aux missions gouvernementales, le nouvel appareil redonne au Mali une capacité de projection indispensable après près de deux années de solutions provisoires.
Il convient également de rappeler que cet investissement ne représente pas nécessairement une charge brute de 15,6 milliards de FCFA pour les finances publiques. Les autorités indiquent qu’une indemnisation de 6 milliards de FCFA a déjà été versée par l’assurance couvrant l’ancien appareil. La vente des pièces encore récupérables pourrait en outre réduire davantage le coût final supporté par l’État.
Surtout, ce Boeing appartient à l’État malien. Il s’agit d’un actif public, destiné à servir les institutions de la République, et non d’un bien personnel du président de la Transition ou d’un quelconque dirigeant.
Les critiques ont leur place, mais pas sur ce sujet
Les citoyens sont en droit d’interroger les choix budgétaires de leurs dirigeants. Ils peuvent exiger davantage de transparence, demander des comptes sur l’utilisation des deniers publics ou débattre des priorités nationales.
Mais lorsque les conditions de financement sont réunies, que l’acquisition répond à un besoin clairement identifié et que l’équipement renforce les capacités de l’État, la polémique perd de sa pertinence.
Le Mali traverse une période exceptionnelle. Les questions de sécurité nationale, de mobilité des autorités et de continuité de l’action de l’État ne peuvent être analysées avec les mêmes critères qu’en temps de paix. Dans ce contexte, disposer d’un avion présidentiel pleinement opérationnel relève d’une exigence de fonctionnement de l’État autant que d’une nécessité stratégique.
Les critiques trouveront toujours matière à s’exprimer sur d’autres dossiers, qu’il s’agisse des politiques publiques, de la gouvernance ou des priorités économiques.
Mais sur cette question précise, et dans les circonstances actuelles, le véritable débat n’est sans doute pas l’acquisition d’un avion présidentiel. Il est de savoir si un État peut durablement assurer sa sécurité, sa diplomatie et sa souveraineté sans disposer des moyens indispensables à l’exercice de ses responsabilités.
Pour le Mali, la réponse semble évidente.
Manda CISSE



