Oumar Mariko : la mise en scène d’un mensonge politique

Oumar Mariko : la mise en scène d’un mensonge politique. © DR

Il y a des moments où le silence devient une faute. Des moments où, par respect pour l’intelligence des peuples, il faut appeler les choses par leur nom.

L’opposant malien Oumar Mariko, aujourd’hui en exil, affirme s’être rendu clandestinement au Mali pour rencontrer dix-sept otages détenus par le JNIM, soi-disant pour négocier leur libération. Une déclaration relayée sur France 24, comme si elle relevait d’un fait établi, crédible, presque héroïque.

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

D’une journée passée avec des otages, dans des zones réputées inaccessibles. D’une initiative individuelle, sans mandat, sans légitimité, sans aucun levier concret. Et pourtant, le récit est servi au public sans le recul nécessaire, sans questionnement à la hauteur des enjeux.

À un moment donné, il faut cesser de prendre les citoyens pour des spectateurs naïfs. Une négociation avec des groupes terroristes ne repose pas sur des intentions, mais sur un rapport de force, une crédibilité, une capacité réelle d’influence. Or, que représente aujourd’hui Oumar Mariko dans ce rapport de force ? Quelle autorité, quel réseau, quelle légitimité peut-il revendiquer dans un dossier aussi sensible ?

Les questions sont simples : qui finance Monsieur Mariko ? Qui l’autorise ? Et surtout, dans quel but réel agit-il ?

Quand la mise en scène remplace la crédibilité

Président du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance, il n’incarne plus aujourd’hui ni un poids politique, ni une voix respectée capable de porter une médiation. Pire, cette mise en scène brouille les lignes entre engagement politique et opportunisme dangereux.

Le reportage diffusé par France 24 soulève, à ce titre, une autre interrogation majeure : celle de la responsabilité médiatique. Donner une tribune à un récit aussi fragile, sans contradiction solide, revient à offrir une visibilité directe aux groupes terroristes qui prospèrent avant tout sur la communication et la perception.

Quant à Wassim Nasr qui présente cette initiative comme personnelle et assumée, il met de côté une question centrale que son discours évite soigneusement. Quel est le risque réel pris ici et surtout à qui profite réellement cette mise en scène.

Car pendant que certains construisent des narratifs, le Mali, lui, continue de lutter pour sa stabilité, sa souveraineté et sa survie. Il revient de loin. De très loin. D’une époque où la confusion, l’irresponsabilité et les ambitions personnelles fragilisaient l’État à tous les niveaux.

Ce type d’initiative n’est pas anodin. Il participe à entretenir le flou, à décrédibiliser les efforts sérieux, et à banaliser des interactions qui devraient rester strictement encadrées.

Il ne s’agit pas ici d’attaques personnelles gratuites, mais d’une exigence de vérité et de rigueur. Parce que les enjeux dépassent les individus. Ils concernent un pays, une région, et des vies humaines.

Et parce qu’au fond, une question demeure : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour fabriquer des récits, au risque de perdre le sens même de la réalité ?

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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