Le Mali est en guerre : il est temps de nous réveiller

Le Mali est en guerre : il est temps de nous réveiller. © DR

Au Mali comme ailleurs, on peut aujourd’hui s’inventer une vie, se construire une réputation de façade et raconter presque n’importe quoi sans que personne ne prenne véritablement le temps de vérifier. Le paraître et le faux-semblant ont tellement envahi nos esprits que la vérité semble parfois devenue secondaire.

Au Mali, on parle d’abord, on analyse et on réfléchit après. Et lorsque l’on se trompe, pas de problème : un petit mea culpa, quelques excuses et l’on passe à autre chose. Sans véritable conséquence. Sans véritable remise en question.

Dans les familles, au travail, dans la vie sociale, dans nos mosquées, sur les marchés, partout, nous sommes trop souvent livrés à nous-mêmes, sans retenue, sans discernement, sans cette exigence de responsabilité qui devrait pourtant accompagner chacune de nos paroles et chacun de nos actes.

Les plus conscients, les plus instruits et ceux qui mesurent la gravité de la situation finissent parfois par se taire. Ils craignent les insultes, la vindicte, l’exposition sur les réseaux sociaux, devenus pour certains le théâtre permanent de toutes sortes de polémiques et d’activités sans véritable intérêt pour la collectivité.

Pendant ce temps, la nation est en guerre.

Des Maliens meurent. Des familles sont déplacées. Nos soldats risquent leur vie chaque jour. Ils quittent leurs parents, leurs épouses, leurs enfants et leurs proches pour aller défendre leur pays. Le gouvernement doit faire face à des menaces multiples et à des défis considérables.

Et pendant ce temps, une partie de la population se comporte comme si tout cela n’était qu’un jeu.

Nos soldats donnent leur vie, nous devons nous réveiller

Il faut avoir le courage de le dire : notre niveau de prise de conscience collective est encore trop faible face à la gravité de la situation.

Pendant que certains se battent pour le pays, d’autres consacrent leur énergie aux querelles dérisoires, aux « clans », aux « fan-clubs » de griots, de prêcheurs, de marabouts ou à des causes qui ne répondent en rien aux urgences de notre nation.

Le patriotisme ne peut pas être un mot que l’on brandit lorsque cela nous arrange.

Quand je regarde nos soldats, j’ai mal au cœur. J’en ai le souffle coupé. Ils donnent leur vie pour cette nation. Ils affrontent le danger pendant que leurs familles vivent avec l’angoisse de ne pas les voir revenir.

Et je me pose cette question, sommes-nous réellement à la hauteur du sacrifice qu’ils consentent pour nous ?

Pourtant, derrière les comportements irresponsables et l’agitation permanente, il existe un autre Mali. Un Mali fait d’hommes et de femmes courageux, engagés, compétents et profondément attachés à leur pays. Des Maliens qui méritent que l’on se batte pour eux. Des Maliens qui méritent que l’abandon ne soit jamais une option.

Des hommes et des femmes ont déjà payé le prix ultime pour que nous puissions continuer à espérer vivre en paix. Leur sacrifice nous impose une responsabilité. Nous ne pouvons pas l’oublier.

Notre liberté et notre souveraineté sont en jeu

Nous avons donc l’obligation d’éveiller les consciences.

Pas demain. Maintenant.

Nous devons apprendre à mesurer nos paroles, à vérifier avant de partager, à réfléchir avant de juger, à distinguer le débat de l’insulte et le patriotisme de la simple agitation.

Notre liberté, notre sécurité et notre souveraineté ne dépendent pas uniquement de ceux qui portent l’uniforme ou de ceux qui gouvernent. Elles dépendent aussi de notre capacité collective à comprendre les enjeux auxquels notre pays est confronté et à agir avec responsabilité.

Kidal, comme chaque ville et chaque village du Mali, mérite notre énergie, notre attention et notre engagement.

Notre pays ne nous demande pas la perfection. Il nous demande simplement de prendre conscience de ce qui est en jeu.

Éveillons-nous.

Éveillons nos consciences. Éveillons notre responsabilité. Éveillons notre patriotisme.

Car pendant que certains donnent leur vie pour le Mali, nous n’avons plus le droit de vivre comme si de rien n’était.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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