À Kati-Sirakoro Niaré, aux portes de Bamako, le Mali vient de franchir un nouveau cap dans sa stratégie scientifique. Inauguré le 21 septembre 2026, le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali (CIAR-Mali) veut former les talents capables de concevoir, plutôt que de seulement utiliser, les technologies de demain.
Le bâtiment est neuf et l’ambition déjà tournée vers l’avenir. Sur un site de 50 hectares, le Mali a consacré 3,3 milliards de francs CFA à la construction du Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali (CIAR-Mali), inauguré lundi 21 septembre par le président Assimi Goïta.
Blocs pédagogiques, amphithéâtre, dortoirs, restaurant, infirmerie, installations sportives et espaces techniques dédiés notamment aux drones composent ce complexe financé sur ressources publiques. Sa conception a été assurée par une entreprise malienne et son aménagement intérieur par des artisans locaux, selon les informations rapportées par la presse malienne.
Mais au-delà de l’infrastructure, c’est le pari sur les compétences qui retient l’attention.
Former une génération de concepteurs
Créé par ordonnance en août 2023, le CIAR-Mali doit réunir formation, recherche et développement autour de l’intelligence artificielle, de la robotique et des sciences de l’ingénieur. Ses applications sont envisagées dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la santé, l’environnement, l’industrie ou la gestion des données.
« Nos enfants n’auront plus seulement à consommer la technologie du monde. Ils apprendront à la penser, à la construire, à l’exporter », a déclaré le Président de la Transition Assimi Goïta, lors de l’inauguration.
Le message est clair : faire de la maîtrise technologique un levier de souveraineté et de développement, alors que l’intelligence artificielle et l’automatisation redessinent déjà une partie de l’économie mondiale.
Pour l’année universitaire 2026-2027, le centre prévoit d’accueillir 40 étudiants en première année de cycle préparatoire intégré, avec une formation fondée sur les mathématiques, la physique et les sciences de l’ingénieur. Le cursus doit ensuite ouvrir sur l’intelligence artificielle, la robotique et les systèmes avancés, les sciences des données ainsi que l’ingénierie des systèmes informatiques intelligents.
Le défi des compétences
L’initiative répond à un enjeu qui dépasse largement le seul secteur technologique. Dans un diagnostic publié en 2023, la Banque mondiale avait relevé l’insuffisance des formations adaptées aux besoins de l’économie numérique au Mali, ainsi que des difficultés liées aux infrastructures éducatives, à la formation des enseignants et à l’accès aux outils numériques.
Le CIAR-Mali entend apporter une réponse institutionnelle à ce déficit de compétences, tout en capitalisant sur des initiatives déjà portées par la jeunesse malienne dans les domaines de la robotique et des technologies, notamment à travers des structures comme RobotsMali.
La première pierre avait été posée le 7 juin 2023 à Sirakoro Niaré, à quelques kilomètres de Kati. Trois ans plus tard, le projet entre dans sa phase opérationnelle.
Transformer l’ambition en résultats
L’inauguration ne constitue toutefois qu’une première étape. Le véritable enjeu sera désormais de faire de ce centre un lieu de production scientifique et technologique pour former des ingénieurs et des chercheurs, développer des solutions adaptées aux réalités maliennes et créer des applications capables de répondre aux besoins concrets du pays.
Dans un continent où la course aux compétences numériques s’intensifie, le Mali entend ainsi construire son propre vivier.
Le pari est donc posé : investir aujourd’hui dans la connaissance pour tenter de réduire demain la dépendance technologique. Reste à transformer cette ambition en innovations, en emplois et en solutions capables de franchir les frontières du Mali.
Manda CISSE



