Le 18 décembre 2026, le Centre international de conférences de Bamako accueillera le Congrès international de la jeunesse soninké. L’initiative réunira de jeunes Soninkés venus des différentes régions du Mali et de plusieurs pays de la diaspora, autour d’un patrimoine culturel commun.
Au-delà de la rencontre, l’ambition est de créer un espace de dialogue entre générations et continents, de renforcer les liens entre la jeunesse malienne et la diaspora, et de réfléchir à la transmission et à la valorisation d’un héritage culturel plusieurs fois millénaire.
Parlée par plus de cinq millions de personnes en Afrique de l’Ouest, la langue soninké constitue un marqueur essentiel de cette identité. Sa richesse et sa profondeur historique témoignent de la vitalité d’une culture qui a traversé les siècles et les frontières. En 2023, l’UNESCO a proclamé le 25 septembre Journée internationale de la langue soninké, soulignant son importance dans la préservation du patrimoine culturel et dans la promotion des valeurs de solidarité, de dialogue et de paix.
Préserver les identités, renforcer les passerelles
Le congrès entend favoriser les échanges entre générations, renforcer les liens entre les communautés soninkés du Mali et celles de la diaspora, et contribuer à la transmission de leur patrimoine.
Dans un Mali qui place la culture au cœur de sa réflexion sur la refondation nationale, cette initiative prend une dimension particulière. La diversité culturelle du pays n’est pas une faiblesse. Elle constitue une richesse, à condition de l’inscrire dans un patrimoine national partagé.
Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a accueilli favorablement le projet. Il a salué une initiative porteuse de culture et de vivre-ensemble, tout en réaffirmant la disponibilité de son département à l’accompagner.
La diversité ne doit pas devenir une frontière
Il faut saluer les initiatives qui mettent en lumière les talents, les cultures et les histoires du Mali. Préserver une langue, transmettre une tradition ou célébrer un héritage ne constitue pas une menace pour l’unité nationale.
Mais cette reconnaissance des identités doit aussi s’accompagner d’une réflexion sur ce qui rassemble.
Le Mali est une terre de peuples, de langues et de traditions multiples. Peuls, Soninkés, Dogons, Bambaras, Touaregs, Sénoufos, Malinkés et bien d’autres communautés revendiquent légitimement la préservation de leur patrimoine et de leur singularité.
Cette diversité mérite d’être protégée et célébrée. Elle ne doit cependant pas se transformer en frontières symboliques.
Le risque apparaît lorsque les appartenances particulières prennent progressivement le pas sur l’appartenance commune. Le Mali ne peut durablement se construire dans la juxtaposition de communautés. Il doit se construire autour d’une conscience partagée du destin national.
L’identité comme richesse, l’unité comme horizon
Il ne s’agit donc pas de choisir entre identité culturelle et identité nationale. Les deux peuvent se renforcer.
Un jeune Soninké doit pouvoir être fier de sa langue et de son histoire tout en étant pleinement conscient de son appartenance à la nation malienne. Il en va de même pour chaque jeune Peul, Dogon, Bambara, Touareg ou membre de toute autre composante du pays.
C’est là toute la responsabilité d’une politique culturelle équilibrée. Permettre à chacun de savoir d’où il vient sans jamais oublier ce qui le rassemble avec les autres.
Le Congrès international de la jeunesse soninké peut ainsi porter un message qui dépasse le seul cadre communautaire. La diversité culturelle devient une véritable force lorsqu’elle construit des ponts plutôt que des frontières.
Le Mali possède une richesse humaine et culturelle exceptionnelle. Son avenir dépendra aussi de sa capacité à préserver ses héritages sans les opposer, à célébrer ses différences sans les transformer en divisions et à faire de cette diversité l’un des fondements de son unité.
C’est peut-être à cette condition que la jeunesse malienne pourra transformer la diversité de ses héritages en une force au service d’un même destin.
Manda CISSE


