Dakar sous les eaux : il est temps de penser nos villes autrement

Dakar sous les eaux : il est temps de penser nos villes autrement. © DR

Dakar a encore les pieds dans l’eau. Après les fortes pluies du dimanche 4 octobre, au moins quatre personnes ont perdu la vie dans la capitale. Plus de 140 millimètres de pluie sont tombés en 24 heures dans certains quartiers, provoquant inondations, effondrements, routes impraticables et paralysie de plusieurs secteurs de la ville.

À Ngor-les-Almadies, des habitants ont dû eux-mêmes tenter de dégager les bouches d’égout pour permettre à l’eau de s’évacuer. Des voitures sont restées prisonnières des eaux. Des maisons ont été touchées. Des activités professionnelles ont été interrompues.

Et surtout, ce scénario n’est pas nouveau.

Chaque année ou presque, les mêmes images reviennent. À Dakar comme dans d’autres villes africaines, les fortes pluies révèlent les fragilités d’un développement urbain qui semble souvent avoir couru plus vite que les infrastructures.

Le gouvernement a activé un plan d’urgence, renforcé la surveillance et annoncé des opérations de secours et de dégagement. Ces mesures sont indispensables. Mais elles ne peuvent constituer l’unique réponse.

Nos villes grandissent, mais sont-elles vraiment pensées ?

Le problème est plus profond que celui d’une pluie exceptionnelle.

Dans une grande partie de l’Afrique, l’urbanisation est rapide, parfois anarchique, et la viabilisation des quartiers manque encore trop souvent de vision à long terme. On construit, on lotit, on vend, on habite. Mais l’assainissement, l’évacuation des eaux, les routes et les infrastructures suivent avec retard, quand ils suivent.

Or un quartier ne se résume pas à ses maisons.

Une ville moderne ne se mesure pas seulement à ses immeubles, à ses villas ou au prix du mètre carré. Elle se mesure aussi à ce qui ne se voit pas : ses réseaux d’assainissement, ses capacités d’évacuation, ses ouvrages de drainage, ses espaces de rétention, la qualité de ses routes et sa capacité à protéger ses habitants.

Il faut vraiment le reconnaître, parfois, nous n’avons pas les moyens de nos prétentions.

C’est particulièrement frappant à Dakar. Comment accepter que certaines maisons soient proposées à des prix considérables voir exorbitants alors que, quelques heures de pluie plus tard, leurs occupants peuvent se retrouver isolés, leurs véhicules immobilisés et leurs activités paralysées ?

Le problème n’est pas de construire. Il faut construire. Mais il faut surtout construire intelligemment.

La pluie ne doit plus être notre révélateur

Nous ne pouvons pas empêcher la pluie. Nous pouvons en revanche mieux anticiper ses conséquences.

Cela suppose de revoir la manière dont certains quartiers sont planifiés, de renforcer les réseaux, d’entretenir les ouvrages existants, de mieux contrôler l’occupation des zones à risque et de faire de l’assainissement une priorité, et non une question que l’on traite lorsque l’eau est déjà dans les maisons.

L’urgence aujourd’hui est de secourir les populations touchées. Mais l’après-crise doit ouvrir un véritable débat sur notre modèle urbain.

Cette réflexion dépasse largement Dakar. Elle concerne de nombreuses métropoles africaines confrontées à la même équation : une urbanisation rapide, des infrastructures insuffisantes et des épisodes climatiques qui mettent à rude épreuve des villes déjà vulnérables.

Il est temps de penser nos villes avant de devoir les subir.

Une ville moderne ne doit pas seulement être belle lorsqu’il fait beau. Elle doit rester fonctionnelle, sûre et digne lorsque les éléments se déchaînent.

Derrière les images d’inondations, il y a des vies, des familles, des emplois et des économies fragilisées.

Paix à l’âme des personnes décédées. Courage et soutien aux vivants.

Et surtout, que cette nouvelle catastrophe ne soit pas seulement une crise de plus à gérer, mais un signal de plus que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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