Porté disparu depuis le 8 juin 2025, le griot guinéen Djeliman Kouyaté demeure au centre d’une inquiétude persistante. Sa disparition, survenue après des prises de position publiques dans un contexte politique tendu, ravive une question fondamentale : que devient la liberté de ceux qui osent exprimer leurs convictions en Guinée ?
Il est des silences qui inquiètent. Et d’autres qui accusent l’impuissance d’une société face à l’inacceptable. Depuis le 8 juin 2025, Djeliman Kouyaté, griot guinéen connu pour son attachement à l’ancien président Alpha Condé, est porté disparu. Selon les informations rapportées par la presse guinéenne, ses proches ont perdu sa trace et ont lancé des appels pour le retrouver. À ce jour, les circonstances de sa disparition demeurent obscures. Aucune conclusion définitive ne peut donc être tirée sur ce qui lui est arrivé. Mais une certitude demeure : une famille, des proches et des admirateurs attendent des réponses.
Cette disparition est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un climat politique marqué par les inquiétudes relatives au sort des voix critiques et des personnes considérées comme proches de l’opposition. D’après le média InfosFraîches, Djeliman Kouyaté avait publié peu de temps avant sa disparition, une vidéo dans laquelle il s’adressait aux autorités en place depuis le 5 septembre 2021. Le RPG Arc-en-ciel a, pour sa part, appelé à la mobilisation après sa disparition. Ces éléments donnent à l’affaire une dimension politique qui mérite d’être examinée sérieusement, sans transformer les soupçons en accusations non démontrées.
Quand une voix disparaît, c’est une part de l’histoire d’un peuple qui s’efface
Djeliman Kouyaté n’est pas seulement un homme dont on est sans nouvelles. Il est aussi un représentant de l’art griotique, cette tradition orale mandingue qui transmet les histoires, les généalogies, les valeurs et la mémoire collective de génération en génération. Par la parole, le chant et le récit, le griot relie les vivants à leur histoire. Il porte un patrimoine qui dépasse sa propre personne.
Issu de cette tradition, Djeliman Kouyaté s’est également fait connaître par sa proximité avec Alpha Condé, dont il fut présenté comme le griot officiel. Sa fidélité politique, telle qu’elle ressort des informations disponibles, s’est poursuivie après le renversement de l’ancien président. Alors que les affiliations politiques peuvent exposer les individus à des pressions, cette proximité constitue un élément important pour comprendre les interrogations soulevées par sa disparition. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à en établir les causes.
Car la liberté d’expression ne devrait jamais dépendre de la proximité avec un pouvoir, de l’appartenance à un parti ou de la popularité d’une personne. Qu’un citoyen soutienne les autorités ou les critique, qu’il défende un ancien dirigeant ou exprime une opinion minoritaire, ses droits fondamentaux et son intégrité physique doivent être protégés. C’est précisément dans les moments de tension politique que cette exigence prend tout son sens.
L’enjeu dépasse donc le seul destin de Djeliman Kouyaté. Il touche à la place de la culture dans la société, à la protection des artistes et à la possibilité, pour chacun, d’exprimer ses convictions sans craindre pour sa sécurité. Lorsqu’un homme de culture disparaît et que les circonstances restent floues, c’est aussi la capacité des institutions à protéger les citoyens et à rendre des comptes qui se trouve interrogée.
Le silence n’est pas une réponse : la vérité et la justice sont attendues
La disparition de Djeliman Kouyaté ne peut être abordée isolément des inquiétudes plus larges concernant les disparitions et les atteintes aux libertés en Guinée. En juin 2025, Le Monde rapportait notamment les préoccupations suscitées par le sort de plusieurs voix critiques des autorités militaires, dont certaines personnes demeuraient introuvables. Cette situation souligne la nécessité d’examiner chaque cas avec sérieux, indépendamment des convictions politiques des personnes concernées.
Pour autant, dénoncer les risques ne dispense pas de respecter les faits. Rien ne permet, sur la seule base des informations actuellement consultées, d’affirmer qui serait responsable de la disparition de Djeliman Kouyaté ni de confirmer qu’il serait détenu. La gravité de la situation exige justement que les spéculations cèdent la place à des informations vérifiables, à des investigations crédibles et à des réponses claires.
Les autorités compétentes doivent contribuer à établir la vérité, dans le respect de leurs obligations légales. Si une enquête est ouverte, ses avancées doivent permettre de clarifier les circonstances de cette disparition. Si l’intéressé est détenu, sa situation juridique et son lieu de détention doivent être établis conformément à la loi. Et si des actes criminels ont été commis, leurs auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Pour sa famille, ses proches et tous ceux qui s’inquiètent de son sort, l’attente n’est pas une abstraction. Chaque jour sans réponse prolonge l’angoisse et nourrit les interrogations. Pour la société guinéenne, cette affaire rappelle qu’aucune disparition préoccupante ne devrait être reléguée au rang d’une rumeur passagère.
Djeliman Kouyaté mérite que l’on recherche la vérité sur son sort. Sa famille mérite des réponses. Et la population guinéenne mérite des institutions capables de protéger les droits de tous, sans distinction d’opinion politique.
Car une nation ne grandit pas en laissant ses citoyens dans l’incertitude. Sa grandeur se mesure à sa capacité à protéger les vivants, à rechercher les disparus et à faire prévaloir la justice. Tant que le sort de Djeliman Kouyaté ne sera pas éclairci, les questions resteront ouvertes. Et le silence, lui, ne saurait tenir lieu de réponse.
Manda CISSE



