Selon un griot à qui un média en quête de buzz a tendu son micro, « les femmes d’aujourd’hui n’aiment pas les hommes sérieux ». Il ajoute que « seuls les hommes courageux et exigeants divorcent ».
Quelle tristesse de voir ceux qui prétendent conseiller la société servir de tels clichés comme des vérités universelles ! À force de confondre visibilité et sagesse, certains finissent par prendre leurs préjugés pour des leçons de vie.
Je le dis sans détour : le Mali souffre aussi de la dérive de certains acteurs qui devraient éclairer les consciences, mais contribuent à les manipuler. Des griots qui marchandent la mémoire, des prêcheurs et autres prétendus détenteurs de vérités qui exploitent la crédulité des populations, des politiciens qui sacrifient l’intérêt général à leurs ambitions.
Lorsque la parole devient une marchandise, la société en paie le prix.
Des exigences à géométrie variable
Cher griot, les femmes ne sont pas les seules à fuir les personnes sérieuses. Les hommes aussi peuvent rejeter les femmes responsables et mûres. Certains courent derrière celles qui attirent le plus de regards, confondant popularité et valeur, désirabilité et qualité humaine. Puis, lorsque leurs relations échouent, ils accusent les femmes, comme si leurs propres choix n’avaient joué aucun rôle.
Pourquoi les comportements masculins échappent-ils si souvent au même examen critique ? Pourquoi excuse-t-on chez les uns ce que l’on condamne chez les autres ?
Les femmes d’aujourd’hui sont aussi, à bien des égards, le reflet des hommes d’aujourd’hui. Elles évoluent dans la même société, confrontées aux mêmes mutations et aux mêmes contradictions. La fidélité, le respect, la loyauté et le sens des responsabilités ne sont ni masculins ni féminins : ce sont des qualités humaines.
Quant à prétendre que seuls les hommes courageux demandent le divorce, c’est réduire la complexité des relations humaines à une formule facile. Le divorce n’est pas un concours de courage masculin. On peut partir par nécessité, par égoïsme ou pour se protéger. On peut rester par amour, par peur ou sous la pression sociale. La réalité ne se résume pas à un proverbe de circonstance.
La femme n’est ni une enfant dépourvue de conscience ni un être incapable de discernement. Si elle reste dans un mariage malheureux, on la dit naïve ; si elle en sort, on la traite d’ingrate. Si elle réclame le respect, elle est exigeante ; si elle refuse de se soumettre, elle devient le problème. À quel moment lui reconnaît-on simplement le droit de choisir sa vie ?
Quand la parole publique devient un instrument de régression
Les griots ont historiquement joué un rôle important dans la transmission de la mémoire et la médiation sociale au Mali. Mais que reste-t-il de cette mission lorsque la parole se vend au plus offrant, que l’histoire se déforme au gré des intérêts et que le buzz remplace la réflexion ?
Le problème n’est pas qu’un griot exprime une opinion. Le problème est qu’il présente ses préjugés comme des vérités sociales, sans démonstration ni nuance. Et lorsqu’un média offre une tribune à ces discours sans les questionner, il contribue à leur donner une légitimité.
Le Mali a besoin de voix qui élèvent le débat, pas de discours qui alimentent une guerre permanente entre les hommes et les femmes. Il a besoin de médiateurs qui rapprochent, non de personnalités qui exploitent les frustrations pour gagner en visibilité.
Alors, chers griots, cessez de nous servir vos vérités toutes faites et vos proverbes à deux francs six sous. Cessez de faire des femmes les coupables désignées des échecs conjugaux. Cessez de défendre l’indéfendable au nom d’une prétendue sagesse.
Continuez à mépriser les femmes si tel est votre choix, mais ne prétendez plus le faire au nom de la tradition ou de l’intérêt général.
Une société ne progresse pas en désignant éternellement les femmes comme le problème. Elle progresse lorsque chacun, homme ou femme, est appelé à répondre de ses actes, de ses choix et de ses responsabilités.
Le véritable courage ne consiste pas à accuser les femmes devant une caméra, mais à faire preuve d’une honnêteté suffisante pour imposer à tous les mêmes exigences, sans distinction ni deux poids, deux mesures.
Manda CISSE



