Mariam Cissé : un an après son exécution, la nécessité d’un lieu de mémoire pour une jeune Malienne devenue symbole de résistance

Capture d'écran du compte TikTok de Mariam Cissé, exécutée en place publique par le JNIM à Tonka, le 7 novembre 2025. © Capture d'images/TikTok.

Le 7 novembre 2025, à Tonka, dans la région de Tombouctou, au nord du Mali, la barbarie terroriste a brutalement fauché la vie de Mariam Cissé, une jeune tiktokeuse malienne dont la popularité sur les réseaux sociaux dépassait largement les frontières de sa localité. Enlevée la veille par des hommes armés présumés appartenir au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, elle a été ramenée sur la place de l’Indépendance et exécutée publiquement devant une population médusée. Ses ravisseurs l’accusaient de collaborer avec l’armée malienne, notamment en raison de son soutien affiché aux Forces armées maliennes (FAMa). Aucune procédure, aucun jugement, aucune possibilité de se défendre : une jeune femme a été ainsi arrachée à la vie, au mépris le plus absolu de la dignité humaine.

Cette exécution a provoqué une onde de choc au Mali et suscité une vive émotion bien au-delà de ses frontières. Mariam Cissé n’était pas une combattante. C’était une jeune femme qui partageait des fragments de son quotidien, faisait découvrir sa ville et exprimait librement ses convictions. Sa mort, dans des circonstances d’une extrême violence, a donné à son histoire une dimension tragique, celle d’une vie brisée par l’intolérance, la terreur et la volonté d’imposer le silence par les armes.

Une nation endeuillée, une mémoire qui refuse de s’éteindre

À Tombouctou, la douleur s’est exprimée à travers des gestes de solidarité et des hommages publics. Des banderoles dédiées à Mariam Cissé ont notamment été installées sur la place publique du Grand Marché, devant le gouvernorat et à proximité de la Maison des artisans. À Bamako, des rassemblements et des cérémonies commémoratives ont également été organisés à l’initiative de la société civile et d’associations féminines, notamment l’Association Perspective Sahélienne et des jeunes femmes leaders, au Centre national de documentation et d’information sur la femme et l’enfant.

Au sommet de l’État, son assassinat a également fait l’objet d’un hommage officiel. Le Premier ministre, Abdoulaye Maïga, a évoqué sa mémoire lors de la cérémonie d’ouverture du Salon de l’industrie de la défense, Bamako Expo 2025, saluant une jeune femme tuée pour avoir manifesté son attachement à son pays et à son armée.

Ces hommages témoignent de la profondeur de l’émotion suscitée par sa disparition. Mais, à l’approche du premier anniversaire de son assassinat, un défi de taille reste à relever : comment inscrire durablement le souvenir de Mariam Cissé dans la mémoire collective malienne ?

Les témoignages de compassion, les cérémonies ponctuelles et les messages de solidarité sont indispensables. Toutefois, ils ne sauraient, à eux seuls, faire rayonner durablement le courage dont elle a fait preuve. À ce jour, les sources consultées ne permettent pas d’établir l’existence d’un monument ou d’un mémorial permanent officiellement consacré à son honneur. Cette absence, si elle se confirme, soulève un enjeu qui dépasse le destin d’une seule personne : celui de la reconnaissance durable des victimes du terrorisme et de la transmission de leur histoire aux générations futures.

Ériger un mémorial : transformer la douleur en héritage collectif

Mariam Cissé mérite davantage qu’un hommage éphémère. Elle mérite un lieu, un symbole, un espace où son nom puisse être prononcé sans crainte, où son histoire puisse être racontée et où les générations futures puissent mesurer le prix humain de la violence terroriste.

Ériger un mémorial en son honneur ne serait ni un simple geste symbolique ni une initiative limitée à la commémoration d’une disparition tragique. Ce serait un acte de respect et de transmission. Ce serait affirmer que la violence ne peut avoir le dernier mot, que la terreur ne saurait effacer les visages de ses victimes et que la mémoire collective ne doit abandonner aucune de celles et ceux dont la vie a été fauchée par l’extrémisme violent et la barbarie.

Un tel lieu pourrait également rendre hommage à toutes les victimes civiles du terrorisme, en particulier aux femmes dont les trajectoires, les aspirations et les libertés sont brutalement anéanties par les violences armées. Il rappellerait que derrière chaque nom se trouvent une histoire, une famille, des rêves interrompus et une communauté meurtrie.

Mariam Cissé incarnait, aux yeux de nombreux compatriotes, le courage d’afficher ses convictions dans un environnement marqué par l’insécurité et les menaces. Son histoire est devenue celle d’une liberté brutalement réprimée et d’une jeunesse confrontée à la cruauté. Mais elle ne doit pas se résumer aux circonstances de sa mort.

Se souvenir de Mariam Cissé, c’est refuser que son assassinat soit relégué au rang d’un fait divers. C’est reconnaître la dignité d’une jeune femme dont la vie a été injustement interrompue. C’est aussi rappeler que le terrorisme ne tue pas seulement des êtres humains : il tente de briser des libertés, de répandre la peur et d’imposer l’oubli.

À l’approche de la date anniversaire de sa disparition, l’édification d’un mémorial permanent constituerait un engagement fort en faveur des victimes du terrorisme, de la justice et du respect de la dignité humaine. Que ce soit à Tonka, au cœur de sa ville natale, ou dans un autre lieu hautement symbolique, l’essentiel serait que son nom reste à jamais gravé dans les consciences.

Car une société ne se mesure pas seulement à sa capacité à pleurer ses morts, mais aussi à sa détermination à honorer leur héritage et à faire vivre leur souvenir. Mariam Cissé a été arrachée à la vie ; son nom, lui, ne doit jamais être effacé de l’histoire du Mali.

Manda Cissé

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