En dénonçant une « approche unilatérale » de Washington, Moscou a bloqué le projet de résolution américain favorable au plan d’autonomie marocain. Un retournement diplomatique inattendu qui révèle les rivalités d’influence autour du dossier saharien et plonge l’avenir de la Minurso dans l’incertitude.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a connu, vendredi 30 octobre, un spectaculaire rebondissement autour du Sahara occidental. Alors que le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) arrivait à échéance le lendemain, le projet américain visant à le prolonger d’un an a été bloqué par le veto russe.
Soutenu par onze des quinze membres du Conseil, le texte de Washington plaçait le plan d’autonomie proposé par le Maroc au cœur des négociations pour résoudre un conflit qui oppose, depuis près d’un demi-siècle, Rabat au Front Polisario, soutenu par l’Algérie.
Mais Moscou en a décidé autrement. Critiquant une démarche « unilatérale », la Russie, appuyée par la Chine et la Somalie, a défendu une reconduction du mandat de la Minurso dans ses termes antérieurs. Une proposition qui n’a pas davantage obtenu la majorité nécessaire, les États-Unis votant contre et onze membres s’abstenant. Résultat, aucune des deux résolutions n’a été adoptée et le mandat de la mission a expiré le 31 octobre.
Ce retournement russe surprend d’autant plus qu’il intervient quelques jours après une rencontre entre les chefs des diplomaties marocaine et russe, Nasser Bourita et Sergueï Lavrov. En 2025, Moscou s’était également abstenue lors du vote de la résolution 2797, qui avait retenu le plan d’autonomie marocain comme base des négociations.
Moscou entre Alger et Washington
Comment expliquer ce changement de posture ? Le poids du partenariat stratégique entre Moscou et Alger constitue une première piste. Le 28 octobre, Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, qualifiait encore l’Algérie de « partenaire majeur en Afrique », saluant la coordination politique et la coopération militaro-technique entre les deux pays.
Sans établir de lien direct entre Alger et le veto russe, cette proximité diplomatique rappelle les intérêts que Moscou entend préserver en Afrique du Nord. Elle s’inscrit également dans une stratégie plus large visant à renforcer l’influence russe dans les pays du Sud et à contester la supériorité américaine. En bloquant le texte de Washington, le Kremlin rappelle ainsi qu’il entend conserver toute sa capacité d’influence dans le règlement du dossier saharien.
Rabat, Alger et le Polisario face au revers américain
À Washington, l’ambassadeur Mike Waltz a vivement dénoncé le veto russe, regrettant que certains membres du Conseil continuent de défendre la référence au référendum, alors que son organisation n’est plus préparée par les Nations unies depuis des décennies.
À Rabat, le cabinet royal s’est félicité de la non-reconduction du mandat de la Minurso, y voyant « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations unies ». Le Maroc entend poursuivre sa dynamique diplomatique en faveur d’un règlement fondé sur l’autonomie sous sa souveraineté.
À l’inverse, Alger a salué le rejet du texte américain. Son représentant à l’ONU, Amar Bendjama, a remercié Moscou et les pays qui ont refusé de soutenir le projet, réaffirmant l’attachement de son pays au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Front Polisario a également exprimé sa satisfaction.
Au-delà des réactions, ce nouvel épisode révèle les profondes divisions internationales autour du Sahara occidental. Entre les ambitions américaines, les intérêts russes et les positions irréconciliables des protagonistes régionaux, le dossier reste prisonnier d’un jeu diplomatique complexe. Et l’expiration du mandat de la Minurso ouvre une nouvelle période d’incertitude pour le processus onusien.
Manda CISSE


