Je ne le dirai jamais assez : notre époque est devenue folle. Nous avons donné la parole à tout le monde, oubliant que la liberté d’expression exige aussi responsabilité, discernement et conscience des conséquences de nos propos.
Le monde semble régresser, et l’Afrique n’échappe pas à cette dérive. Entre nos contradictions internes, nos tabous et notre perméabilité aux influences extérieures, nous finissons parfois par débattre de l’inacceptable comme s’il s’agissait d’une simple divergence d’opinions.
Hier soir, sur un réseau social dont je tairai le nom, j’ai assisté à un débat hallucinant. Le sujet ? « Il paraît qu’en Europe, une femme que tu as épousée, pour laquelle tu as dépensé ton argent, peut te refuser… Et si tu l’obliges, c’est considéré comme du viol. »
À quel moment en sommes-nous arrivés à débattre du droit d’une femme à refuser un rapport sexuel ?
Depuis quand le mariage est-il devenu un contrat de possession ? La dot, les cadeaux ou les dépenses liées aux cérémonies matrimoniales confèrent-ils un droit absolu sur le corps d’une femme ? Au Mali, une épouse est-elle devenue une marchandise dont on peut disposer à sa guise ?
Une femme n’est pas une propriété. Le mariage n’est pas un permis de disposer du corps de l’autre. Et le consentement ne disparaît pas devant l’autel, sous le poids des traditions ou au nom de la religion.
Le plus inquiétant dans ce débat était cette incapacité manifeste à comprendre une évidence : votre épouse, votre compagne, votre chérie reste un être humain à part entière. Elle a une volonté, des limites et des droits. L’épouser ne signifie pas la posséder.
Pendant que certains débattent, des femmes meurent
L’ironie est révoltante. Pendant que des internautes contestent le droit des femmes à refuser un rapport sexuel, d’autres organisent des directs pour dénoncer les féminicides et les violences faites aux femmes au Mali.
D’un côté, nous nous indignons face aux femmes tuées. De l’autre, nous peinons encore à admettre qu’une femme puisse dire non à son mari. Cette contradiction devrait nous interpeller collectivement.
Les violences conjugales ne se limitent pas aux coups. Elles peuvent être physiques, sexuelles ou psychologiques. Elles reposent sur une logique de domination, de contrôle et de contrainte qui installe la peur et détruit progressivement la confiance et la liberté de la victime. Elles ne doivent jamais être confondues avec de simples disputes de couple.
Et les enfants ne sont pas épargnés. Témoins directs ou indirects de ces violences, ils en subissent les conséquences psychologiques et peuvent grandir en reproduisant, à leur tour, les schémas qu’ils ont appris à considérer comme normaux.
Éduquer nos garçons, briser nos tabous
Mesdames et Messieurs, il est urgent de revoir les bases de notre éducation. Nos garçons doivent apprendre qu’un refus n’est ni une humiliation ni une provocation. Que la virilité ne se mesure pas à la domination et que l’amour ne donne aucun droit de propriété sur l’autre.
Les pays européens qui reconnaissent le viol conjugal ne sont pas exempts de violences. Des hommes et des femmes y confondent encore disputes et emprise. Mais cette réalité ne justifie en rien que l’on remette en question le principe du consentement.
L’Afrique n’a pas à copier aveuglément les autres sociétés. Elle doit toutefois avoir le courage de remettre en question ses propres pratiques lorsqu’elles portent atteinte à la dignité humaine. Une tradition n’est pas juste simplement parce qu’elle est ancienne. Et une pratique ne devient pas acceptable parce qu’elle est socialement tolérée.
Tant que nous continuerons à faire des tabous sur ces sujets, des femmes souffriront en silence, accepteront l’inacceptable et, parfois, y laisseront leur vie.
Nous ne pouvons pas dénoncer les féminicides tout en banalisant les idées qui nourrissent la domination et la maltraitance des femmes. Il est temps de parler, d’éduquer et d’agir.
Une femme n’est ni une dette à rembourser ni un bien à posséder. Elle est une personne. Et cela devrait suffire à clore le débat.
Manda CISSE


