La dangereuse dérive xénophobe qui fracture la Nation arc-en-ciel

La dangereuse dérive xénophobe qui fracture la Nation arc-en-ciel. Photo d'illustration © DR

Depuis la fin du mois de mars 2026, l’Afrique du Sud est secouée par une nouvelle vague de violences visant des migrants africains. Des images diffusées massivement sur les réseaux sociaux montrent des agressions, des pillages et des scènes de chasse aux étrangers dans plusieurs villes du pays.

Dans la « Nation arc-en-ciel », les marches anti-migrants se multiplient désormais à un rythme inquiétant. Deux mouvements populistes concentrent aujourd’hui l’essentiel de cette mobilisation : March and March et Opération Dudula.

Née à Soweto sous l’impulsion de l’activiste anti-immigration Nhlanhla « Lux » Dlamini, l’opération Dudula s’est progressivement imposée comme l’un des principaux relais de la rhétorique xénophobe en Afrique du Sud. Transformée en parti politique en 2023, l’organisation est aujourd’hui portée par Zandile Dabula, devenue l’une des figures les plus virulentes du discours anti-étrangers dans le pays.

Face à elle, March and March, fondé en 2025 par l’ancienne animatrice radio Jacinta Ngobese-Zuma, se présente comme un mouvement civique. Mais derrière cette façade se développe la même mécanique. Désigner les migrants comme responsables du chômage, de l’insécurité et du délitement social.

Les deux organisations prospèrent sur un terrain miné par les inégalités, la pauvreté et une crise économique persistante. Avec un chômage qui dépasse les 32 %, l’Afrique du Sud demeure paradoxalement l’une des principales terres d’accueil du continent pour les travailleurs africains en quête d’opportunités.

Le piège du bouc émissaire

À l’approche des élections locales de 2026, plusieurs formations conservatrices apportent un soutien à peine voilé à ces mouvements. Une stratégie politique dangereuse qui ravive les souvenirs des violences xénophobes meurtrières de 2008 et 2015.

Il aura fallu une convocation diplomatique du Ghana pour que Pretoria condamne officiellement les attaques visant des étrangers. Une réaction tardive qui alimente le sentiment d’un pouvoir hésitant face à la montée des discours de haine.

Mais réduire la crise sud-africaine à la seule question migratoire relève d’un dangereux mensonge politique. Les difficultés profondes du pays, chômage massif, criminalité, explosion de la drogue, pauvreté structurelle ou encore crise sanitaire ne sont pas nées de l’immigration.

Faire de l’étranger le responsable de tous les maux permet surtout d’éviter une remise en question plus profonde : celle des échecs économiques, de la gouvernance, de l’éducation et de l’incapacité des élites à répondre aux attentes d’une population abandonnée depuis la fin de l’apartheid.

L’Afrique du Sud traverse aujourd’hui une crise morale autant que sociale. Car en s’en prenant à d’autres Africains, le pays tourne le dos à l’idéal de solidarité continentale qui avait autrefois mobilisé toute l’Afrique contre le régime ségrégationniste.

Pendant des décennies, des milliers d’Africains ont soutenu la lutte sud-africaine, parfois au prix de leur propre stabilité économique ou diplomatique. Aujourd’hui, voir des migrants africains traqués dans les rues du pays constitue, pour beaucoup, une tragique inversion de l’histoire.

La Nation arc-en-ciel, longtemps symbole de résistance et d’espérance, risque désormais de devenir le miroir d’un profond désenchantement.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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