Quinze ans de prison requis contre Adama Sangaré dans une affaire portant sur près de 3 500 parcelles
Le procès de l’ancien maire du district de Bamako, Adama Sangaré, et de ses huit coaccusés se poursuit devant le Pôle national économique et financier (PNEF). Le jeudi 22 octobre 2026, le procureur de cette juridiction spécialisée a requis quinze ans de prison contre l’ancien édile, poursuivi entre autres pour faux, usage de faux, atteinte aux biens publics et détournement. Pour le ministère public, les infractions reprochées à l’ancien maire sont suffisamment caractérisées pour justifier une lourde peine.
Au cœur de cette affaire : le morcellement et l’attribution présumés illégaux de près de 3 500 parcelles situées dans la zone aéroportuaire de Bamako, un domaine stratégique officiellement réservé aux activités et à la sécurité de l’aéroport international Modibo-Keïta.
Près de 3 500 parcelles au cœur d’un scandale foncier
Comment un espace relevant du domaine aéroportuaire a-t-il pu accueillir des milliers de parcelles privées, des habitations imposantes, des unités industrielles et des entrepôts ? C’est l’une des principales questions au centre de cette affaire aux enjeux fonciers, économiques et politiques considérables.
Selon l’accusation, ces opérations d’attribution constituent des actes de spéculation foncière et pourraient relever de plusieurs infractions, dont le détournement de deniers publics ainsi que le faux et l’usage de faux. Adama Sangaré, un préfet et plusieurs autres personnes sont appelés à répondre de leur rôle présumé dans ce dossier.
Face à ces accusations, les avocats de la défense contestent les faits reprochés à leurs clients et entendent faire valoir une autre lecture des événements. Ils soutiennent notamment que le morcellement de la zone aurait été ordonné par un ancien président de la République, dans le cadre des initiatives liées à la réconciliation nationale. Selon cette ligne de défense, certaines parcelles auraient été destinées à des responsables de groupes armés du Nord impliqués dans le processus de paix.
La défense entend également contester les accusations relatives au détournement de 526 millions de francs CFA au titre des frais d’édilité. Des arguments qui devront être appréciés par la juridiction au regard des éléments versés au dossier.
Entre exigence de justice et défiance envers la classe politique
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève une question fondamentale : celle de la protection du domaine public et de la lutte contre les pratiques spéculatives dans un pays où le foncier constitue une source récurrente de tensions et de contestations.
La sévérité des réquisitions du parquet traduit, en tout cas, la volonté de l’accusation de faire reconnaître la gravité des faits. Mais les réquisitions ne constituent pas une condamnation. Il appartient à la justice de se prononcer sur la culpabilité des prévenus et sur les éventuelles sanctions à leur infliger.
Dans un contexte marqué par une forte défiance envers les responsables politiques, ce procès est scruté comme un test pour la crédibilité de la justice et la lutte contre l’impunité au Mali. Pour une partie de l’opinion, l’affaire nourrit l’espoir de voir les atteintes présumées aux biens publics examinées sans complaisance, quels que soient le statut et les fonctions des personnes mises en cause.
Les autorités de la Transition affichent leur volonté de combattre les injustices et de renforcer la redevabilité publique. Reste désormais à la justice d’établir les faits, de déterminer les responsabilités et de rendre une décision fondée sur le droit.
Manda CISSE



