L’espoir ne suffit plus : quand la pauvreté devient une fatalité

Des enfants dans une salle de classe. Photo d'illustration. © DR

Il existe des vérités que nous préférons ne pas entendre. Parmi elles, celle-ci : dans les sociétés frappées par la pauvreté, faire des enfants sans pouvoir leur garantir une éducation, une alimentation et une protection dignes peut contribuer à perpétuer le cycle de la misère.

Dire cela en Afrique, et plus largement dans certaines régions d’Asie, reste extrêmement mal vu. La natalité relève de l’intime, de la tradition, parfois de la religion. Pourtant, une question mérite d’être posée : que devient l’enfant lorsqu’il est attendu, consciemment ou non, comme le futur sauveur économique de toute une famille ?

Dans de nombreux foyers, l’espoir repose sur lui : « Mon fils réussira », « ma fille nous aidera », « l’un de nos enfants finira bien par sortir de la pauvreté ». L’enfant devient alors une promesse, parfois même une assurance pour l’avenir.

Quand l’espoir devient une prison

L’espoir est une arme à double tranchant.

Il peut donner la force de vivre, de travailler et de se battre. Mais lorsqu’il remplace l’action, il devient une illusion dangereuse.

L’espoir ne construit pas d’école. Il ne crée pas d’emploi. Il ne soigne pas un enfant. Il ne nourrit pas une famille.

L’espoir permet de tenir. Le développement, lui, exige d’agir.

Les conséquences sont visibles. Au Ghana, le travail des enfants reste fortement lié à la pauvreté des ménages. Au Mali, au Senegal, en Gambie, en Mauritanie et bien d’autres, des enfants et de jeunes femmes sont encore victimes de traite et d’exploitation. En Afghanistan, l’effondrement économique et l’exclusion des filles de l’enseignement secondaire favorisent notamment le mariage précoce et d’autres formes d’exploitation.

Derrière ces situations, on retrouve souvent les mêmes ingrédients, pauvreté, absence d’éducation, manque de protection sociale, dépendance économique et poids des normes traditionnelles.

Il serait pourtant trop simple d’accuser les pauvres de « faire trop d’enfants ». Le véritable problème est celui d’une société qui ne donne pas toujours aux familles les moyens de choisir.

Une femme qui n’a pas accès à la contraception n’a pas véritablement le choix. Une fille qui n’a pas accès à l’école voit son avenir se rétrécir. Une famille qui n’a aucun revenu peut finir par considérer ses enfants comme une force de travail.

C’est précisément pour cela que la planification familiale, l’éducation des filles et l’accès à l’emploi ne sont pas des sujets secondaires. Ils sont au cœur du développement.

Plusieurs pays asiatiques l’ont compris depuis longtemps, parfois à travers des politiques démographiques extrêmement controversées. La Chine a imposé des restrictions drastiques sur les naissances ; l’Inde a développé très tôt la planification familiale ; le Bangladesh a connu une forte baisse de sa fécondité parallèlement à des progrès importants en matière d’éducation et de développement humain.

Il ne s’agit évidemment pas de reproduire les politiques coercitives du passé.

Il s’agit de comprendre une réalité simple ; une population ne peut progresser durablement si elle n’est pas capable d’investir suffisamment dans chaque nouvelle génération.

Un enfant n’est pas une assurance-vie

Faire naître un enfant est une chose. Lui donner vingt ans d’éducation, de soins, de nourriture, de protection et les moyens de devenir autonome en est une autre.

Et pendant que les besoins essentiels restent parfois insatisfaits, les aspirations, elles, explosent. Téléphones, vêtements, voitures, maisons, voyages, les réseaux sociaux exposent quotidiennement les populations les plus pauvres à un niveau de consommation auquel elles n’ont pas accès.

Nous avons créé un paradoxe. Nous avons mondialisé le désir beaucoup plus vite que nous n’avons mondialisé les opportunités.

Lorsque les ressources manquent et que les aspirations augmentent, certains basculent dans l’endettement, l’exploitation, la migration dangereuse, le travail des enfants ou d’autres formes de survie.

Le cercle se referme alors : pauvreté, faible niveau d’éducation, dépendance, exploitation, puis transmission de la pauvreté à la génération suivante.

Il faut donc avoir le courage de parler de responsabilité, sans mépris et sans culpabilisation.

Un enfant n’est pas une retraite.

Un enfant n’est pas une main-d’œuvre.

Un enfant n’est pas un billet de loterie.

Un enfant est une responsabilité.

Si nous voulons réellement donner une chance à la prochaine génération, il faut sortir d’une politique fondée uniquement sur l’espoir.

Il faut éduquer. Informer. Protéger. Donner accès à la contraception. Maintenir les filles à l’école. Créer des emplois. Renforcer la protection sociale. Et surtout, permettre aux familles de choisir leur avenir plutôt que de le subir.

Car l’espoir est précieux.

Mais l’espoir sans action devient une fatalité.

Et aucune génération ne devrait être condamnée à survivre en attendant que la suivante la sauve.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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