Iran, la baraka à l’état pur : quand Air Force One devient un leurre

Iran, la baraka à l’état pur : quand Air Force One devient un leurre. © DR

Il y a des scènes qui ressemblent à un scénario de film. Celle-ci est pourtant bien réelle. Pour quitter Ankara après le sommet de l’Otan, Donald Trump n’a finalement pas voyagé à bord de son Air Force One habituel. Le président américain a été discrètement extrait de l’appareil, dissimulé dans un véhicule de restauration, avant d’être transféré vers un autre avion militaire, un C-32A beaucoup moins identifiable. Pendant ce temps, le véritable Air Force One décollait avec des journalistes et plusieurs hauts responsables à son bord. Un leurre grandeur nature.

Le dispositif peut prêter à sourire tant la scène paraît invraisemblable. Le président de la première puissance militaire mondiale qui quitte son propre avion par la porte de service, caché aux regards, pendant que son appareil officiel poursuit sa route. Mais derrière cette image presque burlesque se cache une réalité beaucoup plus inquiétante : les services de sécurité américains ont estimé que le président pouvait être suffisamment menacé pour justifier une opération aussi exceptionnelle.

Les journalistes présents à bord avaient reçu pour consigne de maintenir les stores de leurs hublots fermés. Ils pensaient voyager avec le président. En réalité, Trump avait déjà été exfiltré. Le C-32A a ensuite pris une autre route, avec une escale au Royaume-Uni, avant le retour du président à Washington.

Quand la menace devient assez sérieuse pour transformer Air Force One en appât

Selon plusieurs sources américaines, les services de renseignement avaient été alertés d’une possible menace visant Trump et son appareil. Des informations transmises notamment par Israël faisaient état d’un risque lié à un missile sol-air portatif. La menace aurait été suffisamment prise au sérieux par le Secret Service pour imposer un changement de plan dans les dernières heures du déplacement présidentiel.

Reuters rapporte que les renseignements disponibles ne permettaient pas d’établir avec certitude l’existence d’un projet d’attaque de l’Iran, même si la menace a été considérée comme suffisamment crédible pour déclencher les mesures de précaution.

Et c’est précisément là que l’affaire devient explosive sur le plan politique. Car si Air Force One a effectivement servi de leurre, une question surgit immédiatement. Ppourquoi laisser décoller un avion rempli de journalistes, de collaborateurs et de hauts responsables alors que le président, lui, en avait été retiré pour sa propre sécurité ?

L’opposition démocrate n’a pas tardé à demander des explications. Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a notamment dénoncé le fait que le Congrès n’ait pas été informé de l’opération.

Donald Trump, fidèle à son style, a pour sa part minimisé l’épisode. Il a expliqué qu’il faisait confiance au Secret Service et qu’il était habitué à faire l’objet de menaces. Quelques semaines auparavant, il avait déjà reconnu être une cible privilégiée de l’Iran.

Reste une image qui dit beaucoup de notre époque. Un président américain contraint de quitter son avion présidentiel en secret, tandis que celui-ci continue de voler comme si de rien n’était, mettant ainsi délibérément en danger la vie d’autres personnes, sans la moindre considération pour leur sécurité. C’est donc cela, désormais, que l’on appelle un État démocratique ?

La tentation est grande d’y voir une opération de communication destinée à présenter l’Iran comme une menace omniprésente. Mais réduire l’affaire à une simple mise en scène serait tout aussi imprudent. Les États-Unis ont manifestement considéré le risque comme suffisamment sérieux pour employer les méthodes les plus sophistiquées de diversion et de protection. La Maison-Blanche a d’ailleurs confirmé que la « distraction » et la « dissimulation » font partie des moyens utilisés pour protéger le président.

Une chose est certaine : le rapport de force au Moyen-Orient a changé. L’Iran, qu’on le considère comme une menace réelle, surestimée ou instrumentalisée politiquement, est désormais suffisamment présent dans le calcul sécuritaire américain pour modifier les déplacements du président des États-Unis.

Et c’est peut-être cela, plus encore que l’histoire du camion de restauration, qu’il faut retenir.

Le monde a changé. Washington doit désormais composer avec cette nouvelle réalité, de gré ou de force.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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