Comment une ONG engagée dans la lutte contre le tabagisme peut-elle soutenir la création d’une société publique dédiée à la filière du tabac ? La position de Génération Sans Tabac-Guinée soulève des interrogations sur la cohérence de son combat.
Le 19 octobre 2026, le président guinéen Mamadi Doumbouya a décidé de créer la Société nationale du tabac (SNT), dotée d’un capital social de 100 milliards de francs guinéens. Cette entreprise publique aura pour mission de superviser la filière, de la production à la commercialisation, tout en renforçant la traçabilité des produits et la lutte contre la contrebande.
Si les autorités mettent en avant des objectifs de contrôle du marché et de mobilisation des recettes publiques, cette initiative soulève des questions de santé publique. Le tabac demeure un produit nocif, dont la consommation constitue un enjeu majeur de prévention.
Une contradiction qui interpelle
La réaction de l’ONG Génération Sans Tabac-Guinée ne manque donc pas de surprendre. L’organisation, présidée par Ibrahima Sory Cissé, s’est illustrée dans la promotion des espaces sans tabac, notamment à l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré. Son engagement lui aurait valu une reconnaissance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), selon les informations rapportées.
Dès lors, comment concilier la lutte contre le tabagisme avec le soutien à une société chargée d’encadrer la production et la transformation industrielle du tabac ? Certes, mieux contrôler une filière peut contribuer à lutter contre les circuits illégaux. Mais cette ambition ne répond pas, à elle seule, aux préoccupations liées à la prévention et à la réduction de la consommation.
Entre intérêts économiques et santé publique
L’ONG appelle également à soutenir la politique de développement socioéconomique du président Mamadi Doumbouya. Son président estime que les initiatives présidentielles visent l’intérêt de la population guinéenne et met en avant son expérience dans la lutte antitabac.
Toutefois, l’enjeu dépasse les considérations économiques et les personnes. Il concerne la cohérence entre les politiques publiques et les impératifs de santé. Génération Sans Tabac-Guinée gagnerait donc à clarifier sa position, car soutenir une meilleure régulation du marché du tabac ne signifie pas pour autant cautionner le développement de son industrie.
Manda CISSE


