Espagne : Maricarmen est morte, et avec elle une certaine idée de la dignité

Des manifestants se rassemblent à Madrid depuis qu'ils ont appris le décès de Maricarmen, mercredi 7 octobre. © AFP

Elle avait 87 ans. Le 23 septembre 2026, elle avait été expulsée de l’appartement où elle vivait depuis près de soixante-dix ans. Évacuée sur un brancard, elle avait ensuite été hospitalisée. Elle est morte à Madrid le 7 octobre 2026, sans avoir pu regagner son logement.

Son histoire aurait pu rester un fait divers. Elle est devenue le symbole de la crise du logement en Espagne et de la colère d’une population confrontée à la hausse des loyers et à l’impossibilité, pour beaucoup, de se loger dignement.

Un accord devait pourtant lui permettre de retrouver son appartement après des années de conflit avec son propriétaire. Mais elle n’aura pas eu le temps de signer son nouveau bail.

Sa mort a ravivé la colère. Des centaines de personnes se sont rassemblées à Madrid, transformant son nom en cri de protestation. Car derrière Maricarmen, c’est une question beaucoup plus vaste qui se pose : que vaut une vie entière d’efforts lorsque, à 87 ans, on peut encore perdre le toit sous lequel on a vécu pendant des décennies ?

Quand travailler ne suffit plus à vivre dignement

Le cas de Maricarmen révèle une fracture qui dépasse largement l’Espagne.

Partout en Europe, le logement devient plus difficile d’accès, tandis que les revenus d’une grande partie de la population ne progressent pas au même rythme. Travailler, faire des sacrifices, cotiser pendant des décennies ne garantit plus nécessairement de pouvoir se loger, épargner ou transmettre.

C’est cette rupture de la promesse sociale qui nourrit aujourd’hui une profonde frustration.

Lorsqu’une personne travaille sans parvenir à améliorer sa condition, lorsqu’un jeune ne peut plus acheter ou même louer correctement, lorsqu’un retraité découvre que sa sécurité n’est plus acquise, le sentiment d’injustice devient inévitable.

La colère ne doit pas devenir une guerre entre les citoyens

Cette colère est réelle. Elle est compréhensible. Mais elle ne doit pas conduire à dresser les uns contre les autres. Jeunes contre vieux, propriétaires contre locataires, actifs contre retraités, classes populaires contre classes moyennes.

Le véritable enjeu est ailleurs.

Une société ne peut pas durablement demander toujours plus d’efforts à ceux qui travaillent tout en leur donnant le sentiment que ces efforts ne leur permettront jamais de vivre mieux.

Le logement n’est pas une simple marchandise. C’est un toit, un ancrage, une sécurité, une dignité.

Maricarmen est morte sans avoir pu retrouver le sien.

Son histoire devrait nous rappeler une chose essentielle : une société qui ne permet plus à ceux qui travaillent et vieillissent dignement de rester chez eux, finit inévitablement par fabriquer de la colère, de la défiance et de la division.

Et l’Espagne, sur ce sujet, nous adresse peut-être un avertissement que toute l’Europe ferait bien d’entendre.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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