Attentat de Trappes : quand le racisme devient une arme de terreur

Attentat de Trappes : quand le racisme devient une arme de terreur. © DR

Vendredi 23 octobre 2026, une fusillade a semé la terreur à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme de 39 ans a ouvert le feu sur des passants, tuant un homme de 26 ans et blessant grièvement cinq personnes, dont une enfant de 12 ans. Interpellé à Coignières, le suspect fait l’objet d’une enquête du Parquet national antiterroriste (PNAT), notamment pour des faits à caractère terroriste avec une circonstance aggravante de racisme.

En déplacement à Trappes dans la soirée, le président Emmanuel Macron a qualifié les événements de « tournant dans la vie de notre nation ». Mais au-delà de l’horreur, cette affaire soulève une question essentielle : pourquoi la dimension raciste de certaines violences semble-t-elle encore si difficile à reconnaître pleinement ?

Des victimes choisies : le racisme au cœur de l’enquête

Pour Mathieu Delahousse, grand reporter au Nouvel Obs, spécialiste des questions de police et de justice, le choix présumé des victimes constitue un élément déterminant. Selon lui, l’auteur aurait évité certaines personnes pour s’en prendre à celles qui correspondaient à ses cibles. « Il a choisi ses cibles », souligne-t-il, évoquant la mort du jeune homme de 26 ans et les tirs qui ont grièvement blessé une enfant de 12 ans.

La qualification terroriste repose sur des critères juridiques précis, notamment la volonté de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Le mobile raciste, s’il est établi, peut également constituer une circonstance aggravante.

Mathieu Delahousse conteste par ailleurs l’idée selon laquelle la France ferait face, pour la première fois, à un acte terroriste visant des personnes en raison de leur couleur de peau ou de leur religion. Il rappelle plusieurs précédents, notamment l’assassinat du père Jacques Hamel en 2016, l’attaque de la basilique de Nice en 2020 et le meurtre d’Hichem Miraoui en 2025, dans le Var. D’autres évoquent les assassinats de Mohamed Merah à Toulouse, en 2012, et la tuerie de l’Hyper Cacher, en janvier 2015.

Ces précédents rappellent que les violences motivées par la haine raciale ou religieuse ne sont pas nouvelles. Pourtant, leur reconnaissance et leur traitement public continuent de susciter des interrogations.

Lorsqu’une personne est visée pour ce qu’elle est ou ce qu’elle représente, la violence dépasse sa seule victime, ça devient un message de peur adressé à toute une communauté. Le mobile raciste doit donc être recherché avec rigueur, sans minimisation ni conclusion prématurée.

Une menace d’ultradroite connue, des auteurs difficiles à détecter

Selon les premiers éléments rapportés, le suspect n’était pas connu des services de renseignement, mais l’était de la justice pour des délits de droit commun. Les enquêteurs doivent désormais examiner son parcours, interroger son entourage et analyser ses supports numériques afin de déterminer ses motivations et son éventuel environnement idéologique.

Mathieu Delahousse décrit ces individus comme des « surgissants », capables de passer à l’acte sans appartenir à un réseau identifié. Certains peuvent se radicaliser dans des espaces numériques fermés, où les discours haineux se banalisent et les convictions violentes se renforcent.

Le journaliste rappelle également que les autorités surveillent depuis plusieurs années la menace terroriste d’ultradroite. Après les attentats islamistes de 2015, certains militants ont développé une logique de vengeance. Des individus s’inspirent notamment de manifestes diffusés à l’étranger ou de thèses « accélérationnistes », qui prônent l’affrontement entre communautés.

Sortir du déni face au racisme

Au-delà de l’enquête, cette fusillade pose une question de société, celle de la manière dont les violences racistes sont nommées, comprises et combattues.

Tuer une personne parce qu’elle est noire, arabe, musulmane, juive ou perçue comme appartenant à une communauté particulière n’est pas un fait divers comme un autre. Lorsque le mobile raciste est établi, il doit être reconnu sans détour. Trop souvent, des victimes issues des minorités ont le sentiment que leur souffrance ne suscite ni la même empathie ni la même indignation.

Il serait injuste de généraliser à l’ensemble des médias ou de la classe politique. Mais une vigilance collective s’impose. Le racisme ne doit être ni minimisé ni occulté, et aucune victime ne devrait avoir à lutter pour que la dimension haineuse du crime qu’elle a subi soit entendue.

Les éventuels troubles psychologiques d’un auteur peuvent être examinés par la justice, mais ils ne doivent pas conduire à éluder d’autres dimensions possibles, notamment l’idéologie et les motivations racistes. Comprendre un crime exige d’en étudier toutes les facettes.

Il est temps de prendre pleinement au sérieux les violences subies par les minorités, sans relativiser leur peur ni reléguer leur souffrance au second plan. La lutte contre le terrorisme doit aller de pair avec celle contre le racisme, dans le respect des faits et de la présomption d’innocence.

Un homme a perdu la vie, cinq personnes ont été grièvement blessées et des familles sont désormais confrontées à l’irréparable. À toutes les victimes du terrorisme, du racisme et de l’obscurantisme, va notre solidarité.

La paix ne se construit ni dans le silence ni dans le déni. Elle commence lorsque chaque victime compte, lorsque chaque crime est regardé en face et lorsque la dignité humaine ne dépend ni de la couleur de peau, ni de la religion, ni de l’origine.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

Également :

Autres articles