Cimetières au Mali : le respect des morts, un devoir que nous ne pouvons plus ignorer

L'entrée du cimetière de Sotuba. Photo d'illustration. © DR

La gestion de nos cimetières au Mali et le respect dû à la dernière demeure de nos défunts méritent une intervention urgente des autorités. Cette interpellation, que je formule avec humilité et respect, tient compte des nombreux défis auxquels les autorités de la Transition sont confrontées. Mais certaines réalités ne peuvent plus être passées sous silence. Le respect des morts est aussi le reflet du respect que nous avons pour les vivants.

Il ne sera pas question ici des profanations de tombes à des fins de pratiques ignobles, mais d’un phénomène devenu si ordinaire que nous semblons avoir fini par l’accepter : la disparition progressive du respect et de la tranquillité dans nos cimetières.

Des lieux de recueillement transformés en espaces de sollicitation et de désordre

Comment se recueillir dignement sur la tombe d’un proche lorsque l’on est constamment sollicité par des mendiants ? Des enfants de tous âges, parfois livrés à eux-mêmes, vont jusqu’à pénétrer dans les cimetières pour réclamer de l’argent au nom de leur cheikh. Derrière cette réalité se cache une question encore plus grave : celle de l’exploitation des enfants, sous le regard de tous, sans réponse suffisamment ferme.

Ces enfants ont besoin d’éducation, d’encadrement et de protection, et non d’être abandonnés à une mendicité qui compromet leur avenir. L’éducation religieuse ne saurait servir de prétexte à leur exploitation ni les dispenser d’une véritable instruction scolaire et civique.

À cela s’ajoutent des adultes qui sillonnent les allées, récitant des prières et des versets coraniques, puis se précipitent de tombe en tombe dès qu’ils aperçoivent une famille venue se recueillir. La prière est une démarche spirituelle respectable. Mais lorsqu’elle devient un moyen de sollicitation insistante, imposé à des personnes en deuil, elle se transforme en véritable harcèlement.

Le cimetière de Niaréla, à Bamako, mérite à cet égard une attention particulière. Il figure, à mes yeux, parmi les cimetières où les problèmes de gestion, de tranquillité et de respect des lieux sont les plus préoccupants. Les familles qui s’y rendent pour honorer leurs défunts devraient pouvoir le faire dans la sérénité, sans sollicitations incessantes ni comportements incompatibles avec la dignité des sépultures. Cette situation doit interpeller les autorités compétentes et appeler des mesures concrètes.

Il faut également dénoncer l’attitude de certains propriétaires d’ânes et de chevaux qui laissent leurs animaux errer dans les cimetières, piétiner les sépultures et souiller les tombes. Comment pouvons-nous tolérer de telles scènes sans qu’elles suscitent une indignation collective ?

Un cimetière n’est ni un marché, ni un lieu de mendicité organisée, ni un pâturage. C’est un espace de mémoire, de dignité et de recueillement.

Avons-nous à ce point banalisé le désordre, l’incivisme et l’irrespect que plus rien ne nous choque ? Peut-on continuer à accepter que des familles endeuillées soient privées de la sérénité à laquelle elles ont droit lorsqu’elles viennent rendre hommage à leurs disparus ?

Nos autorités doivent se saisir de cette question avec détermination. Cela suppose une meilleure organisation des cimetières, une surveillance adaptée, des règles clairement définies et des mesures concrètes contre les sollicitations abusives, l’exploitation des enfants et la divagation des animaux. Les cimetières les plus exposés à ces difficultés, doivent faire l’objet d’une attention particulière. Cela exige également un travail de sensibilisation pour rappeler à chacun ses responsabilités.

Il ne s’agit ni de stigmatiser les personnes démunies ni de condamner la prière. Il s’agit de rétablir des limites, de protéger les plus vulnérables et de faire respecter des lieux qui appartiennent à notre mémoire collective.

Il est temps d’agir pour que nos cimetières redeviennent des lieux de paix, de silence, de dignité et de tranquillité, tels qu’ils n’auraient jamais dû cesser de l’être, où chaque famille peut se recueillir sereinement, sans être importunée, et où nos défunts reposent enfin en paix.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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