La justice malienne a franchi une étape majeure dans l’un des dossiers politico-financiers les plus emblématiques de ces dernières années. Le 26 janvier, le ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre Boubou Cissé, ancien Premier ministre du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ainsi que contre plusieurs hauts responsables de l’ancien régime, aujourd’hui pour la plupart en exil. Tous sont poursuivis dans le cadre de l’« affaire Paramount », portant sur des soupçons de corruption et de détournement de fonds publics liés à l’acquisition d’équipements militaires.
Au cœur de cette affaire figure un vaste contrat d’armement signé au début des années 2010, alors que le Mali faisait face à une grave crise sécuritaire. Les autorités judiciaires reprochent aux accusés d’avoir mis en place un système de surfacturation et de commissions illicites ayant entraîné un important préjudice financier pour l’État malien. Les fonds concernés étaient destinés à renforcer les capacités de défense du pays, dans un contexte marqué par la montée des groupes armés.
Selon l’accusation, plusieurs responsables civils et militaires auraient abusé de leurs fonctions pour faciliter ces transactions, en violation des règles de passation des marchés publics. Les procureurs estiment que les faits reprochés constituent des actes de corruption aggravée et d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, justifiant ainsi les peines les plus sévères prévues par la loi.
Boubou Cissé, qui a occupé le poste de Premier ministre entre 2019 et 2020, conteste les accusations portées contre lui. Ses avocats dénoncent un procès à caractère politique et affirment que leur client n’a joué aucun rôle direct dans la conclusion des contrats incriminés. De leur côté, plusieurs coaccusés, absents du territoire malien, sont jugés par contumace.
Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large de poursuites engagées par les autorités de transition, arrivées au pouvoir après la chute d’IBK en 2020. Elles affirment vouloir lutter contre l’impunité et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires. Le verdict est attendu dans les prochains jours et pourrait marquer un tournant symbolique dans la lutte contre la corruption au Mali.



