L’Union européenne a appelé samedi les États-Unis à « reconsidérer » leur refus d’octroyer des visas aux responsables palestiniens qui prévoient d’assister en septembre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
« Nous demandons tous instamment que cette décision soit reconsidérée, compte tenu du droit international », a déclaré la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, qui s’exprimait à Copenhague après une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 États membres de l’Union.
Washington a annoncé cette décision vendredi soir, à quelques semaines de l’Assemblée générale de l’ONU où la France plaidera pour la reconnaissance d’un État palestinien.
Le département d’État américain a indiqué « révoquer et refuser » l’octroi de visas « pour les membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne » (AP), à l’approche de cette réunion internationale.
Samedi, après l’appel de l’UE à Washington à reconsidérer sa décision, le département d’État a précisé que les États-Unis ont refusé ou révoqué des visas à quelque 80 Palestiniens, dont le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
« Avant de pouvoir être prises au sérieux en tant que partenaires pour la paix, l’AP et l’OLP doivent répudier le terrorisme, les campagnes de guérilla judiciaire devant la CPI (Cour pénale internationale) et la CIJ (Cour internationale de justice), ainsi que la quête de la reconnaissance unilatérale de l’État » palestinien, a ajouté dans un communiqué le porte-parole adjoint du département d’État, Tommy Pigott.
En revanche, il a déclaré que la « mission de l’AP aux Nations unies » à New York, dont le chef est l’ambassadeur palestinien Riyad Mansour, « recevrait des exemptions » de visas.
Vendredi soir, l’Autorité palestinienne avait en retour exprimé « son profond regret et son étonnement » face à cette décision qui est « en contradiction avec le droit international », et a appelé Washington à « revenir » dessus.
Ce geste a aussi été dénoncé samedi, à Copenhague, par le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, selon qui « le siège des Nations Unies est un lieu de neutralité (…) un sanctuaire, au service de la paix ». « Une assemblée générale des Nations Unies ne saurait souffrir d’aucune restriction d’accès », a-t-il insisté.
« On doit pouvoir discuter ensemble. On ne peut pas nous prendre en otage », a lancé de son côté son homologue luxembourgeois Xavier Bettel, suggérant d’organiser à Genève (Suisse) une session spéciale de l’AG de l’ONU pour s’assurer de la présence des Palestiniens.
Cette mesure extraordinaire de Washington rapproche encore plus l’administration du président américain Donald Trump du gouvernement israélien. Ce dernier rejette catégoriquement l’idée d’un État palestinien et cherche à mettre sur le même pied l’Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, et le mouvement islamiste armé Hamas à Gaza.
Le 7 octobre 2023, le Hamas avait lancé une attaque sans précédent contre Israël, qui a entraîné la mort de 1.219 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP à partir de données officielles. Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 47 restent désormais retenues à Gaza, dont une vingtaine sont présumées vivantes.
Les représailles militaires israéliennes ont depuis fait au moins 63.025 morts dans la bande de Gaza, en majorité des civils, selon des chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas. Le ministère, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU, ne précise pas le nombre de combattants tués.
Les accusations de génocide d’Israël envers les Palestiniens se multiplient à travers le monde, notamment devant la CPI et au sein de l’ONU.
La condamnation de ce refus de visas est un des rares sujets qui a fait l’unanimité parmi les 27 États membres de l’UE samedi à Copenhague. Les dirigeants du bloc européen peinent à s’entendre depuis des mois pour sanctionner Israël face à la situation humanitaire catastrophique à Gaza, où l’ONU a déclaré l’état de famine en août.
Avec AFP