Mali : la guerre des récits et l’indignation à géométrie variable

Mali : la guerre des récits et l’indignation à géométrie variable. © DR

Toute guerre emporte avec elle son lot de tragédies. Et, inlassablement, ce sont les civils qui en paient le prix le plus élevé, souvent dans le silence et l’oubli.

Lorsque l’opération Serval est lancée le 11 janvier 2013, 14 000 soldats sont déployés pour stopper l’avancée des groupes djihadistes vers Bamako. L’intervention est saluée, presque unanimement. Les critiques sont rares, marginales. Non pas parce que la guerre serait soudain devenue propre ou sans bavures, mais parce qu’elle est menée par une puissance occidentale, forte de son influence et de sa capacité à imposer son récit.

L’objectif était clair, neutraliser les groupes armés responsables de violences extrêmes, qui imposaient leur loi par la terreur, semaient la désolation au sein des populations civiles et menaçaient directement l’intégrité territoriale ainsi que la stabilité de l’État malien. La reconquête de villes comme Tombouctou, Gao ou Mopti s’est faite au prix de combats intenses. Des civils ont péri. Tragiquement. Inévitablement, diront certains. Et pourtant, à l’époque, le mot « exaction » ne s’imposait pas dans le débat public.

Deux poids, deux mesures…

Aujourd’hui, le ton a changé. L’armée malienne, engagée dans la continuité de ce même combat contre le terrorisme, est scrutée, critiquée, accusée. Là où l’on parlait hier de « libération », on évoque désormais des « abus ». Pourquoi ce glissement sémantique ? Pourquoi cette différence de traitement ?

Les faits, eux, méritent d’être rappelés. Une enquête des Nations unies a conclu qu’une frappe aérienne française au Mali avait causé la mort de 19 civils. L’opération Barkhane, quant à elle, a été associée à plusieurs dizaines de victimes civiles. Pourtant, ces événements n’ont pas suscité d’indignation comparable à celle observée aujourd’hui. Les appels à la justice sont restés timides, les poursuites inexistantes.

Dans le même temps, l’arrivée de forces russes dans un cadre de coopération militaire a déclenché une vague de condamnations. Elles sont qualifiées de mercenaires, délégitimées, vouées aux critiques systématiques. Mais en quoi la Légion étrangère française serait-elle fondamentalement différente du groupe Wagner dans sa nature ou dans ses méthodes ?

Le problème n’est pas seulement militaire, il est narratif. Qui raconte la guerre ? Qui impose les mots ? Qui décide de ce qui relève de la « libération » ou de « l’exaction » ?

Le monde n’est plus dupe. Les opinions publiques évoluent, s’émancipent, questionnent les discours dominants. Elles refusent de plus en plus cette indignation sélective, cette morale à géométrie variable qui absout certains et condamne d’autres.

Une chose est sûre, l’époque où un seul camp dictait la vérité semble révolue. Les peuples réclament désormais cohérence, justice et équité. Et face à cette exigence, les anciens récits peinent à tenir.

La guerre ne change pas seulement les territoires. Elle révèle aussi, avec brutalité, les fractures du regard que le monde porte sur lui-même.

Quelque chose de plus profond est à l’œuvre aujourd’hui, une dynamique qui dépasse les acteurs et les intérêts immédiats. Elle met à nu, jour après jour, les contradictions d’un ordre longtemps dominé par l’Occident. Les stratégies d’influence peinent désormais à convaincre, et la crédibilité de certaines institutions s’effrite sous le poids de leurs incohérences. À l’heure où les consciences s’éveillent, les peuples exigent un regard juste, cohérent et équitable sur les conflits, quels qu’en soient les acteurs.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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