À l’approche du lancement de sa nouvelle Stratégie pour le Sahel (2026-2028), le Togo dresse le bilan d’un engagement diplomatique soutenu dans une région confrontée à des défis sécuritaires majeurs. Dans une interview exclusive, le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, revient sur les motivations, les résultats et les perspectives de l’action togolaise au Sahel.
Une stratégie née d’une urgence sécuritaire régionale
Lancée en septembre 2021, la première Stratégie togolaise pour le Sahel répondait à une dégradation rapide de la situation sécuritaire dans la région. Face à la montée du terrorisme et à ses répercussions sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, le Togo a choisi de ne pas rester en retrait. Le pays s’est positionné comme un acteur engagé en faveur de la paix et de la stabilité, fidèle à sa tradition diplomatique de dialogue et de médiation.
Quatre piliers pour une approche globale
Cette première stratégie reposait sur quatre axes principaux. Le premier visait à renforcer la coopération régionale et interrégionale, notamment à travers les organisations ouest-africaines, afin de coordonner les réponses face aux menaces sécuritaires.
Le deuxième pilier portait la vision togolaise d’une « paix positive », dépassant la simple absence de conflit pour intégrer des dimensions sociales, économiques et culturelles. Cette approche privilégie la prévention, le dialogue et la valorisation des mécanismes traditionnels de cohésion sociale.
Le troisième axe concernait l’appui aux transitions politiques et aux processus de réconciliation, avec une diplomatie active de médiation. Enfin, le quatrième pilier mettait l’accent sur la gouvernance inclusive, en favorisant la participation des jeunes et des femmes ainsi que le renforcement des institutions.
Un bilan marqué par une diplomatie active
Quatre ans après, le bilan présenté par le chef de la diplomatie togolaise se veut globalement positif. Le Togo s’est illustré dans plusieurs médiations régionales, notamment entre certains pays sahéliens, contribuant à apaiser des tensions et à faciliter des processus de transition.
Le pays a également maintenu un dialogue constant avec ses voisins confrontés à l’instabilité, tout en renforçant la coopération sécuritaire face à la menace terroriste. Cette diplomatie proactive s’est accompagnée d’un engagement en faveur de la solidarité régionale et du maintien des canaux de communication, même dans des contextes de crise.
Une approche combinant sécurité et développement
Face aux défis persistants – terrorisme transfrontalier, criminalité organisée, radicalisation – le Togo défend une approche globale. Celle-ci combine action militaire, renforcement des capacités sécuritaires, mais aussi développement socioéconomique.
Des initiatives concrètes ont été mises en place, notamment dans les zones frontalières, avec des investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes. L’objectif est clair : s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité, telles que la pauvreté et l’exclusion, qui alimentent l’extrémisme.
Une coopération internationale renforcée
La mise en œuvre de la stratégie a bénéficié du soutien de partenaires internationaux, tant sur le plan financier que technique. Pour Lomé, cette coopération traduit aussi une reconnaissance croissante de son rôle dans la construction de la paix en Afrique de l’Ouest.
Pourquoi une nouvelle stratégie ?
Malgré les avancées, le contexte régional a profondément évolué. La persistance des attaques terroristes, leur extension vers les pays côtiers du Golfe de Guinée, ainsi que les recompositions géopolitiques récentes en Afrique de l’Ouest ont rendu nécessaire une adaptation de l’action togolaise.
La nouvelle stratégie vise ainsi à intégrer ces mutations, tout en renforçant les liens économiques et sécuritaires entre le Sahel et les pays du littoral.
Une diplomatie d’équilibre et de souveraineté
Dans un environnement international marqué par des rivalités d’influence, le Togo revendique une ligne diplomatique claire : coopérer avec tous sans renoncer à sa souveraineté. Le pays entend maintenir des relations équilibrées, aussi bien avec ses partenaires traditionnels qu’avec de nouveaux acteurs.
Cette posture, fondée sur l’indépendance et le pragmatisme, conforte son rôle de médiateur crédible sur la scène régionale.
Vers un engagement renouvelé
À travers cette nouvelle stratégie, le Togo ambitionne de consolider son rôle dans la stabilisation du Sahel. Entre continuité et adaptation, Lomé entend poursuivre son engagement en faveur d’une paix durable, fondée sur la sécurité, le dialogue et le développement partagé.
Dans une région où les équilibres restent fragiles, le pari togolais est clair : faire de la diplomatie un levier central pour construire un avenir commun plus stable et prospère.


