Le Sahel ne peut plus supporter le silence et l’inaction

Le Sahel ne peut plus supporter le silence et l’inaction. © DR

Lorsqu’un État territorialement stable devient, malgré lui, un sanctuaire ou un point de passage pour des groupes terroristes, la seule attitude responsable est de s’asseoir pour dialoguer, clairement et sans faux-semblants, avec ses voisins concernés. En l’occurrence, le Mali et la Mauritanie doivent ouvrir un canal de coopération politique et sécuritaire sans délai pour corriger une situation qui menace la stabilité de toute la région sahélienne.

Aujourd’hui, dans le Sahel, l’insécurité n’est plus une abstraction, elle est une réalité violente qui provoque des déplacements massifs de populations, met en péril la vie des civils et fait émerger des poches de chaos où prospèrent les organisations armées radicalisées. Des études montrent que des groupes comme le JNIM, affilié à Al‑Qaida, tentent d’étendre leur influence à partir de zones frontalières communes au Sénégal et à la Mauritanie, via l’ouest du Mali, et exploitent les frontières poreuses pour s’implanter et financer leurs réseaux.

Dans ce contexte, il est incompréhensible et choquant qu’une posture défensive soit adoptée face aux alertes légitimes de Bamako. Refuser d’engager un dialogue, minimiser les risques ou se retrancher derrière des postures idéologiques n’est pas une stratégie ; c’est une démission face à la réalité du terrain. L’objectif est simple ici, combattre le terrorisme et permettre aux populations de circuler en toute sécurité. Rien de plus, rien de moins.

Mettre de côté l’orgueil pour sauver le Sahel

La Mauritanie, souvent citée comme un cas de stabilité dans une région minée par les attaques djihadistes, l’a obtenue grâce à ses efforts structurés et coopération sécuritaire avec les acteurs de la région. Pourtant, si cette stabilité est enviable, elle n’est pas un mur infranchissable, et personne ne peut prétendre aujourd’hui qu’elle est totalement à l’abri des dynamiques qui ravagent ses voisins.

Le Sahel ne manque ni de groupes terroristes ni de situations ignobles ; alors pourquoi s’offusquer de cette alerte malienne ? Ce refus de voir l’évidence expose non seulement une faiblesse stratégique, mais aussi une absence troublante de responsabilité régionale. Le terrorisme ne reconnaît pas les frontières ; il se nourrit des vides sécuritaires et prospère là où l’on refuse d’écouter.

Nous observons trop souvent, une Afrique qui refuse de se donner la main. Face à l’Occident, on se drape de bravoure ; mais dès qu’il s’agit de faire face à un danger qui menace ses frères africains, on se ferme et on se cache derrière des égos mal placés. Cette schizophrénie est non seulement triste, mais elle est aussi dangereuse.

Il est grand temps de mettre de côté l’orgueil et les postures pour agir réellement. Ce dont le Sahel a besoin aujourd’hui, ce n’est ni de débats stériles ni de querelles diplomatiques, mais d’une coopération renforcée au niveau politique, sécuritaire, opérationnelle, et humaine entre tous les pays concernés. Des mécanismes existent déjà : des rapports internationaux appellent à une coopération transfrontalière accrue entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal pour prévenir toute infiltration terroriste et protéger les populations.

Cesser d’ignorer les signaux d’alarme, s’engager pleinement dans une stratégie commune contre le terrorisme, et mettre l’intérêt des populations au‑dessus de toute autre considération politique ne sont pas des options, ce sont des devoirs car le Sahel n’a plus de temps à perdre.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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