La France semble avoir fait de l’assistanat et de la médiocrité les nouveaux piliers de son débat politique. À force de flatter les frustrations, d’entretenir les dépendances et de promettre toujours davantage sans jamais interroger les conditions de la création de richesse, une partie de la classe politique a fini par transformer la régression en argument électoral. Le constat est inquiétant : pour séduire certains électorats, il ne serait plus nécessaire de proposer un projet ambitieux pour le pays, mais simplement de cultiver les ressentiments et de promettre à chacun que son bien-être dépendra de ce que les autres lui apporteront.
L’extrême droite est profondément révoltante. L’extrême gauche ne l’est pas moins. Certes, elles n’utilisent ni les mêmes mots ni les mêmes ressorts idéologiques pour galvaniser leurs électorats. Mais toutes deux représentent un danger pour l’équilibre de la démocratie et pour ceux qui souhaitent encore défendre les fondements du modèle social français, le mérite, le travail et l’excellence.
Leurs discours, nourris de simplifications, de désignations de boucs émissaires et de promesses souvent déconnectées des réalités, contribuent à fragiliser un pays qui peine déjà à retrouver un cap.
Deux extrêmes, deux discours, une même logique de dépendance
L’extrême droite prospère sur les frustrations d’une partie de la population qui se sent déclassée, abandonnée et dépossédée de son avenir. Elle transforme les difficultés sociales en affrontements identitaires et désigne des responsables plutôt que de s’attaquer aux causes profondes du malaise français. Elle trouve ainsi un écho auprès de citoyens qui, faute de perspectives et parfois de repères, finissent par adhérer à des réponses simplistes à des problèmes complexes.
L’extrême gauche, quant à elle, développe une autre stratégie. Elle s’adresse notamment à des populations fragilisées par les inégalités et les difficultés économiques, en faisant parfois de la redistribution et de la dépendance à l’aide publique le cœur de son projet politique. Elle entretient l’idée que la réponse à chaque difficulté réside dans une intervention toujours plus importante de l’État, sans toujours poser la question essentielle de la création de richesse, de la responsabilité individuelle et de la contribution de chacun à l’effort collectif.
Ces deux courants, malgré leurs différences profondes, semblent partager une même logique : faire croire que le bien-être individuel peut durablement reposer sur les efforts des autres.
Mais c’est précisément là que se situe le danger. Lorsqu’une société en vient à considérer que travailler, entreprendre, réussir et préserver le fruit de ses efforts sont presque des comportements suspects, elle finit par décourager ceux qui la font vivre.
À mes yeux, l’extrême gauche pousse cette logique particulièrement loin. Elle tend parfois à présenter la réussite économique comme une faute morale, l’enrichissement comme une injustice et le refus de redistribuer toujours davantage comme un manque de solidarité. Comme si travailler durement, prendre des risques et vouloir conserver le fruit de son travail constituaient des privilèges qu’il faudrait sans cesse justifier.
Le mérite sacrifié sur l’autel de l’idéologie
Derrière cette vision se dessine une remise en cause plus profonde, celle de l’idée même de mérite, de responsabilité et de liberté individuelle. À vouloir corriger toutes les inégalités par la redistribution, certains discours politiques donnent le sentiment que toute différence de situation serait nécessairement le résultat d’une injustice à réparer.
Cette conception porte également une contradiction philosophique et spirituelle. Elle semble parfois contester jusqu’à l’idée d’un ordre naturel ou divin, comme si la diversité des trajectoires humaines et des destinées individuelles constituait en elle-même une anomalie qu’il faudrait corriger politiquement.
La défense du communisme illustre cette contradiction. Cette idéologie, dont les expériences historiques ont été marquées par des millions de morts, des privations de liberté et des échecs économiques majeurs, continue pourtant de séduire une partie de la gauche radicale. Comment peut-on encore défendre avec autant de conviction un modèle dont les applications historiques ont si souvent produit l’inverse des promesses de justice et d’émancipation ?
Plus paradoxal encore, les discours de l’extrême droite entretiennent une nostalgie des rapports de domination qui ont marqué les périodes les plus sombres de l’histoire humaine. Pourtant, aucune origine, aucune couleur de peau, aucune appartenance ethnique ne saurait déterminer la valeur d’un être humain. Il n’existe pas de race supérieure. Il existe simplement des individus qui n’ont pas bénéficié des mêmes chances, des mêmes conditions de départ ni des mêmes possibilités de construire leur avenir.
C’est précisément cette réalité qu’il faudrait avoir le courage de regarder en face. Les inégalités existent, les injustices aussi. Mais reconnaître ces différences ne devrait jamais conduire à enfermer les individus dans une identité, une origine ou une condition sociale.
La France traverse une crise profonde. Une crise économique, sociale, politique, mais aussi intellectuelle et morale. Elle semble avoir perdu une partie de sa capacité à se projeter, à valoriser l’effort et à faire émerger une ambition collective.
À force de choisir entre la colère et l’assistanat, entre le ressentiment et la redistribution, ils ont peut-être oublié l’essentiel : une nation ne se construit pas en opposant ceux qui possèdent à ceux qui manquent, ceux qui travaillent à ceux qui attendent, ou ceux qui réussissent à ceux qui doutent.
Elle se construit en donnant à chacun les moyens de progresser, en récompensant l’effort, en protégeant les plus vulnérables sans décourager les plus entreprenants et en cultivant l’excellence plutôt que la médiocrité.
La France a un sérieux problème. Et le plus inquiétant, au-delà des discours et des postures politiques, c’est qu’elle semble aujourd’hui manquer cruellement de vision pour en sortir.
Manda CISSE



