En plein mois de ramadan, le délestage frappe avec une intensité accrue le quotidien des Maliens. Dans plusieurs quartiers, les coupures d’électricité dépassent parfois 24 heures, accentuant la frustration et les critiques à l’encontre d’Énergie du Mali (EDM). Une situation d’autant plus difficile à comprendre pour de nombreux usagers que les annonces récentes laissaient espérer une amélioration progressive de la fourniture d’électricité.
Au moment de l’incident survenu au poste de transformation de Manantali, le Directeur général d’EDM, le commandant Dravé, avait pourtant tenté de rassurer l’opinion publique. Malgré la gravité de l’événement, il avait assuré que des moyens humains et matériels seraient rapidement mobilisés afin de rétablir la situation.
Aujourd’hui, la réalité sur le terrain suscite toutefois de nombreuses interrogations. Plusieurs observateurs se demandent ce qui a réellement évolué depuis cet incident. D’autres s’interrogent sur les raisons de l’aggravation du délestage, alors que les autorités évoquaient une stabilisation progressive du réseau. Certains se demandent également si l’incident n’était pas, en réalité, plus sérieux qu’il n’avait été présenté au départ.
Ces questionnements s’inscrivent dans un contexte bien plus large. Depuis plusieurs décennies, EDM fait face à une crise profonde qui mêle difficultés opérationnelles, déséquilibres financiers et orientations énergétiques contestées.
Un héritage lourd et des choix énergétiques coûteux
L’arrivée des autorités de la Transition avait pourtant suscité un regain d’espoir. La décision du Président de la Transition de suivre personnellement le dossier EDM avait été interprétée comme un signal fort en faveur du redressement de l’entreprise.
Dans cette dynamique, plusieurs projets structurants ont été annoncés, notamment la construction de trois centrales solaires ainsi que la réhabilitation de centrales hydroélectriques restées longtemps sous-exploitées.
Pour de nombreux spécialistes du secteur, l’une des racines du problème remonte à un choix stratégique opéré il y a plusieurs années. Le système énergétique national s’est progressivement tourné vers les centrales thermiques, entraînant un déséquilibre profond du mix énergétique. La production, autrefois largement dominée par l’hydroélectricité, s’appuie désormais majoritairement sur le thermique.
Cette évolution a entraîné plusieurs conséquences. Certains barrages ont été négligés, tandis que la dépendance au carburant s’est fortement accentuée. Dans un contexte de flambée mondiale des prix du pétrole, cette dépendance a contribué à aggraver les déficits de l’entreprise.
À ces difficultés s’est ajoutée la contrainte sécuritaire. Le blocus imposé par des groupes terroristes dans certaines zones a compliqué l’acheminement du carburant et la gestion logistique du réseau électrique.
Lorsque la nouvelle direction d’EDM a pris ses fonctions il y a quelques mois, elle a donc hérité d’un contexte particulièrement complexe. Entre infrastructures vieillissantes, coûts de production élevés, insécurité persistante et attentes immenses de la population, la tâche s’annonce particulièrement laborieuse pour l’entreprise.
Malgré ces contraintes, le commandant Dravé affirme vouloir engager une dynamique de redressement. Il explique par ailleurs que l’entreprise s’est engagée à adopter des stratégies plus transparentes et à mettre en œuvre des solutions durables pour stabiliser et développer ses activités.
Dans cette perspective, un audit complet de la société a été lancé afin d’identifier les priorités. Parallèlement, un programme d’investissement vise la modernisation progressive du réseau, tandis qu’une politique de communication plus ouverte cherche à restaurer la confiance entre l’entreprise et les usagers.
Un redressement possible, mais semé d’embûches
Pour autant, le chemin vers une amélioration durable de la situation reste semé d’obstacles. Les défis techniques, financiers et sécuritaires demeurent importants, et les résultats des réformes engagées ne pourront se mesurer que dans la durée.
En attendant des améliorations concrètes, la population continue de faire face à un quotidien marqué par les coupures d’électricité. Dans ce contexte, les appels à la patience et à la solidarité se multiplient, alors que la transition énergétique apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur pour l’avenir du Mali.
Manda CISSE


