Dans un geste qui pourrait redessiner les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne, le président américain Donald Trump a décidé de réactiver pour une durée d’un an l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’accord commercial préférentiel qui permet à une trentaine de pays africains d’exporter de nombreux produits vers les États-Unis sans droits de douane.
Signée mardi 3 janvier par le président Trump, la loi prolonge jusqu’au 31 décembre 2026, avec effet rétroactif au 30 septembre 2025, la période de gratuité douanière pour plus de 1 800 catégories de produits africains, allant du textile à l’agriculture et aux véhicules.
Une mesure attendue mais conditionnelle
L’AGOA, pierre angulaire des relations commerciales entre Washington et les pays d’Afrique subsaharienne depuis son adoption en 2000, avait expiré fin septembre 2025 après 25 ans d’application. Face aux appels des gouvernements africains et des milieux d’affaires pour éviter l’envolée des taxes douanières, l’exécutif américain a finalement validé cette extension, mais à certaines conditions strictes.
La Maison-Blanche a précisé que les pays bénéficiaires devront progresser sur plusieurs volets, notamment l’ouverture de leurs marchés aux produits et entreprises américaines, le renforcement de l’État de droit, la lutte contre la corruption, ainsi que la protection des droits humains. Ces exigences s’inscrivent dans la doctrine économique de « America First » défendue par l’administration Trump, qui entend équilibrer davantage les échanges commerciaux tout en tirant parti de l’accès préférentiel octroyé à l’Afrique.
Réactions contrastées à travers le continent
Du côté des capitales africaines, l’annonce a suscité un ouf de soulagement pour de nombreux exportateurs et gouvernements, qui redoutaient une flambée des droits de douane après l’expiration du dispositif. L’accès préférentiel aux États-Unis avait contribué à soutenir des industries locales et à créer des emplois, notamment dans les secteurs du textile, de l’agriculture et de l’énergie.
Cependant, certains observateurs restent prudents ou critiques, rappelant que l’accord renouvelé ne garantit pas l’abolition des tarifs futurs si des conditions ne sont pas remplies. Ils soulignent aussi que cette décision intervient dans un climat de tensions commerciales globales, où Washington a multiplié ces derniers mois les mesures tarifaires contre différents partenaires mondiaux afin de réduire le déficit commercial américain.
Un an pour repenser l’avenir du commerce Afrique-États-Unis
La prolongation d’une année offre une fenêtre d’opportunité pour relancer les négociations commerciales bilatérales et envisager une modernisation du cadre de coopération économique. La Maison-Blanche a indiqué qu’elle travaillera avec le Congrès pour adapter et « moderniser » l’AGOA pour qu’il reflète les priorités économiques actuelles.
Pour les pays africains concernés, l’enjeu sera désormais de concilier les exigences américaines avec leurs stratégies de développement interne, tout en diversifiant leurs partenaires commerciaux face à une concurrence mondiale accrue. La décision de Trump pourrait ainsi s’inscrire dans une dynamique plus large de redéfinition des échanges Sud-Nord au XXIᵉ siècle.



