Déclaration du Général Abdourahamane Tiani à Alger : une affirmation de principe, pas une défense

Déclaration du Général Abdourahamane Tiani à Alger : une affirmation de principe, pas une défense. © CNSP

La phrase prononcée par le président du Niger, le Général Abdourahamane Tiani, lors de sa visite officielle en Algérie a suscité commentaires et interprétations :

« Dans tous les cas, aucun Algérien, aucun Africain ne saurait comprendre que l’Algérie prête son territoire pour agresser un pays africain, surtout lorsqu’il s’agit de cette même puissance qui a, durant plus d’un siècle, infligé d’indicibles souffrances au peuple vaillant algérien. »

Une phrase pourtant claire à comprendre. Pour le General Tiani il serait inconcevable pour tout africain de voir l’Algerie soutenir un pays qui l’a colonisé pendant 130 ans contre un autre qui lui a servi de base arrière pendant sa lutte pour l’indépendance.

Même si le contexte fait que certains opposants politiques soutenus par une certaine presse essaient d’y trouver matière à critiquer, cela ne doit pas servir d’argument pour les observateurs neutres.

Certains ont même vu en cette visite une démarche isolée et individuelle du Niger au moment où un pays membre de l’AES est en froid avec l’Algerie. Hasard du calendrier ou résultat de cette visite de Tiani en Algérie, l’ambassadeur du Mali en Algérie reprend fonction après son rappel suite à l’abattage du drone malien par l’Algerie pour une prétendue violation de son espace aérien.

Une lecture attentive montre pourtant qu’il n’en est rien car les données et la zone d’atterrissage de l’épave du drone prouvent le contraire. Le Général Tiani en disant qu’une telle situation serait incompréhensible moralement et politiquement pour les peuples africains cherche à sensibiliser les autorités algériennes et à leur montrer la seule attitude admissible. Son propos relève du registre normatif, ce qui devrait être et non du registre manipulatif, ce qu’on voudrait faire croire.

Le poids de la mémoire et une logique de solidarité africaines

La référence à « plus d’un siècle de souffrances » renvoie clairement à la colonisation de l’Algérie par la France (1830-1962). Cette évocation n’est pas un plaidoyer diplomatique mais un rappel historique. En rappelant cette mémoire, Tiani ne cherche pas à absoudre l’Algérie de toute critique. Il souligne une contradiction morale, en se demandant comment un pays marqué par une longue domination coloniale pourrait servir de base à une action militaire contre un autre État africain qui de surcroît l’a aidé à obtenir son indépendance.

Une autre partie de sa déclaration s’inscrit dans le contexte post-2023, après les tensions liées à la situation au Niger et les débats autour d’une éventuelle intervention régionale menée par la CEDEAO. L’Algérie avait alors exprimé son opposition à toute intervention militaire étrangère.

Dans ce cadre, la phrase de Tiani s’apparente davantage à une affirmation de principes panafricains :

  • respect de la souveraineté,
  • refus de l’ingérence surtout par un effet d’entraînement
  • solidarité entre États africains et surtout les états de l’AES.

Mettre l’église au milieu du village

Il est donc essentiel de clarifier ce que ce discours exprime. Cette déclaration n’est ni une défense institutionnelle de l’Algérie, ni une tentative de la réhabiliter politiquement. Elle ne statue pas sur son innocence, ni sur ses capacités, ni sur ses choix passés ou futurs. Elle exprime une position morale et historique, car pour des peuples marqués par la colonisation, l’idée qu’un pays africain serve de plateforme à l’agression d’un autre serait politiquement et symboliquement inacceptable.

La leçon à tirer de ce discours est que les hommes politiques africains devraient encourager leurs conseillers à utiliser un français simple et clair dans leurs déclarations, afin d’éviter toute ambiguïté et ne pas alimenter de polémiques inutiles.

Cette déclaration est une affirmation de principe. Rien de plus mais rien de moins.

Manda CISSE

Auteur/Autrice

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