C’est avec une profonde tristesse que le monde artistique a appris le décès du Maestro Boncana Maïga, survenu ce 28 février aux environs de 5 heures du matin à la Clinique Pasteur de Bamako, selon une source familiale. Né le 30 mai 1948, il s’est éteint à l’âge de 77 ans, à quelques mois de son 78e anniversaire.
Originaire de Gao, Boncana Issa Maïga laisse derrière lui un héritage artistique immense, forgé par plus de six décennies de création, de transmission et d’engagement au service de la musique malienne et africaine.
Des débuts précoces et une formation internationale
Ses premiers pas dans la musique remontent aux années soixante avec le Négro-Band, orchestre mythique avec lequel il sillonne le Mali. En 1963, grâce à une bourse d’études, il s’envole pour Cuba où il approfondit sa formation musicale, perfectionnant notamment la maîtrise de la flûte et du saxophone.
De retour au pays, il fonde en 1968 le groupe Les Merveilles du Mali, contribuant à moderniser le paysage musical national. Après un bref passage au Mali en 1972, il choisit l’exil en Côte d’Ivoire, déclarant plus tard : « Je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes. »
Une carrière majeure en Côte d’Ivoire
Installé à Abidjan, Boncana Maïga devient une figure centrale de la scène culturelle ivoirienne. Il enseigne à l’Institut National des Arts, occupe le poste de directeur adjoint du Conservatoire de Côte d’Ivoire et dirige pendant quatorze ans l’orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI).
Arrangeur recherché, il collabore avec de nombreux artistes de renom, dont Alpha Blondy et Abdoulaye Diabaté, contribuant à façonner le son de toute une génération.
Musique de film et rayonnement international
Compositeur inspiré, il signe en 1988 la musique originale du film Bal Poussière, réalisé par Henri Duparc, après avoir déjà travaillé sur le téléfilm Aya en 1986. En 2006, il compose également pour Moolaadé, du cinéaste sénégalais Ousmane Sembène.
En 1992, il cofonde avec Ibrahim Sylla le groupe Africando, formation novatrice mêlant sonorités africaines et salsa, qui connaîtra un succès international et participera à la diffusion d’une identité musicale panafricaine.
Il compose également « Mon Amour », bande originale du film hollywoodien « Heart of Fatness », réalisé par Lloyd Kaufman, confirmant ainsi son rayonnement au-delà du continent africain.
Homme de médias et passeur de talents
À partir de 2001, il anime l’émission Stars Parade, diffusée sur CFI TV puis sur TV5 Monde, dont le 1000e numéro est célébré le 16 décembre 2018 en présence de nombreux artistes africains.
De retour au Mali en 2005, il fonde Maestro-Sound Mali, une maison de production audiovisuelle et discographique dédiée à la promotion des talents locaux. Dès 2009, il coanime avec la journaliste Aïssata Cissé l’émission Tounkagouna, consacrée à la découverte de nouveaux artistes.
Un héritage impérissable
Musicien virtuose, pédagogue exigeant, arrangeur de génie et découvreur de talents, Boncana Maïga aura profondément marqué l’histoire musicale du Mali, de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique tout entière. Son parcours, entre tradition et modernité, entre enracinement et ouverture au monde, restera un modèle pour les générations futures.
Avec sa disparition, l’Afrique perd l’un de ses plus illustres ambassadeurs culturels. Mais son œuvre, elle, continuera de résonner longtemps dans les cœurs et sur les scènes du continent et d’ailleurs.



