L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, vendredi 4 septembre, la résolution A/80/L.104 intitulée « Correct the Map » (« Corriger la carte »). Portée par le Togo au nom de l’Union africaine, l’initiative a recueilli 164 voix favorables, dont celle du Mali, contre une seule voix défavorable et six abstentions. Une décision qualifiée d’historique par ses promoteurs, qui entend faire évoluer les représentations cartographiques du monde afin de mieux rendre compte de la réalité des superficies continentales, notamment celle de l’Afrique.
Une résolution pour corriger une représentation jugée disproportionnée
Adoptée à une très large majorité, la résolution « Correct the Map » marque une nouvelle étape dans la volonté africaine de faire évoluer la manière dont le continent est représenté sur les cartes du monde.
Proposée par le Togo au nom de l’Union africaine (UA), elle encourage les États membres des Nations Unies, les médias ainsi que les grandes entreprises technologiques à privilégier des projections cartographiques qui représentent les continents en fonction de leurs superficies réelles.
Au cœur de cette initiative se trouve la remise en question de l’usage largement répandu de la projection de Mercator, mise au point au XVIe siècle. Si cette projection a longtemps été utile pour la navigation, elle déforme fortement les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. L’Afrique apparaît ainsi visuellement beaucoup moins imposante qu’elle ne l’est réellement.
À titre d’illustration, le Groenland peut sembler, sur une carte utilisant la projection de Mercator, avoir une superficie comparable à celle de l’Afrique. En réalité, l’Afrique est environ quatorze fois plus vaste que le Groenland.
« Equal Earth », une alternative plus fidèle
Pour remédier à ces distorsions, la résolution adoptée par l’Assemblée générale encourage le recours à des projections dites équivalentes, capables de mieux respecter les superficies réelles des territoires.
Parmi elles figure notamment la projection « Equal Earth », conçue pour offrir une représentation plus fidèle des dimensions relatives des continents. Son utilisation permettrait de donner une image plus conforme aux réalités géographiques, notamment lorsqu’il s’agit de représenter l’Afrique dans les supports éducatifs, médiatiques et numériques.
Au-delà d’une simple question technique, les promoteurs de l’initiative considèrent la représentation cartographique comme un enjeu de connaissance, d’éducation et de perception du monde.
De Lomé à New York, le prolongement d’une mobilisation africaine
L’adoption de la résolution trouve ses racines dans les travaux du 9e Congrès panafricain, tenu à Lomé, au Togo, du 8 au 12 décembre 2025.
La déclaration finale de cette rencontre avait notamment formulé des recommandations invitant l’Union africaine et ses États membres à engager une démarche officielle auprès des Nations Unies afin de corriger les représentations cartographiques jugées disproportionnées du continent africain.
L’initiative s’inscrit également dans le prolongement d’une décision de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, réunie à Addis-Abeba en février 2026, consacrée à l’initiative « Corriger la carte de l’Afrique sur le Globe ».
Ainsi, entre Lomé, Addis-Abeba et New York, la revendication a progressivement franchi les différentes étapes institutionnelles pour aboutir à son inscription à l’agenda des Nations Unies.
Le Mali parmi les 164 voix favorables
Le vote du 4 septembre 2026 place le Mali parmi les 164 États ayant apporté leur soutien à la résolution. Cette adhésion vient inscrire le pays dans une démarche portée au niveau continental et défendue par le Togo au nom de l’Union africaine.
Avec une seule voix contre et six abstentions, le résultat témoigne d’un large consensus au sein de l’Assemblée générale en faveur d’une réflexion sur les représentations cartographiques du monde.
Une carte, mais aussi une question de perception
Derrière la question de la projection cartographique se trouve un enjeu plus large : celui de la manière dont les représentations visuelles influencent la perception des réalités géographiques.
L’Afrique est le deuxième plus grand continent du monde par sa superficie et constitue un espace géographique considérable. Pourtant, les cartes fondées sur certaines projections peuvent en donner une image largement sous-estimée.
Avec « Correct the Map », le Togo et l’Union africaine entendent donc faire évoluer les usages, notamment dans les domaines de l’éducation, de la communication et du numérique.
De la déclaration de Lomé à la résolution des Nations Unies, l’initiative aura ainsi transformé une revendication portée dans le cadre du mouvement panafricain en un débat désormais inscrit au niveau multilatéral.



